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La nature recomposée

L’histoire de l’humanité peut être ramenée à une histoire des activités organisées sur le territoire, que celui-ci soit considéré comme une entité écologique complexe, comprenant des êtres animés et des choses inanimées, ou comme une surface vierge sur laquelle imprimer des systèmes et des formes efficaces. Si un lieu regorge de richesses cachées, il suffit alors de les extraire sous forme de paysages particuliers et de matériaux utilisables. Une telle ordonnance du monde en lieux naturels et leur contrepartie constitue un acte fondateur, et représente peut-être la plus radicale des activités architecturales.

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Olmsted, Burley, Friedlander, James

Trois photographes contemporains interprètent les travaux de Frederick Law Olmsted

“Au cours de nos sorties à trois, en aucun moment nous sommes-nous intéressés aux mêmes lieux. Mais au retour d’une promenade solitaire, nous nous surprenions à avoir photographié le même arbre.”
— Lee Friedlander

Frederick Law Olmsted a modelé une grande partie du paysage public nord- américain de la seconde moitié du XIXe siècle. Sa notoriété lui vient sans doute surtout de ses parcs urbains, parmi lesquels le Central Park, à Manhattan, et le Prospect Park, à Brooklyn, mais son immense production comprend aussi des réseaux de parcs (l’Emerald Necklace, à Boston), des quartiers suburbains (Druid Hills, à Atlanta), des campus universitaires (celui de la Stanford University à Palo Alto, en Californie), des domaines privés (Biltmore, le domaine de George Vanderbilt à Asheville, en Caroline du Nord), des cimetières (Mountain View à Oakland, en Californie) et des parcs nationaux (celui de la vallée de Yosemite et le Mariposa Big Tree Grove, en Californie). La vision d’Olmsted quant à la fonction des espaces verts aménagés dans des villes de plus en plus peuplées influencera la conception des lieux publics en Amérique du Nord pendant des générations.

En permettant aux photographes de visiter chacun des sites à maintes reprises, en diverses saisons, ou parfois au cours d’une même saison, mais à plusieurs années d’intervalle, la commande du CCA autour du travail d’Olmsted voulait susciter une intense concentration sur les lieux mêmes. Les 74 parcs les plus représentatifs de l’œuvre paysagère ont été choisis par Cynthia Zaitzevsky, spécialiste d’Olmsted, qui a ensuite fourni la documentation nécessaire aux photographes sur chacun des endroits. Chaque photographe a exécuté la commande selon une approche très personnelle. Le Canadien Robert Burley (né en 1957) a réalisé ses épreuves par procédé chromogène au moyen d’un appareil 4 sur 5 (10,2 sur 12,7 cm). L’Américain Lee Friedlander (né en 1934) a travaillé quant à lui en noir et blanc, utilisant un Leica, un Hasselblad de 2¼ sur 2¼ et un appareil panoramique. Quant au Britannique Geoffrey James (né en 1942), il a lui aussi privilégié le noir et blanc, optant pour un appareil 8 sur 10 (20,4 sur 25,4 cm) et un appareil panoramique. Les points de vue de chaque photographe, et leurs façons d’interpréter les paysages d’Olmsted, aussi différentes qu’elles soient, ont évolué progressivement au cours du projet. Au total, 936 photographies ont été retenues pour faire partie de la collection permanente du CCA.

En réponse à une commande du CCA, trois photographes contemporains ont consacré six ans à l’interprétation de l’œuvre de Frederick Law Olmsted (1822-1903), le plus important architecte-paysagiste d’Amérique du Nord, créant ainsi un ample témoignage photographique.

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