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La nature recomposée

L’histoire de l’humanité peut être ramenée à une histoire des activités organisées sur le territoire, que celui-ci soit considéré comme une entité écologique complexe, comprenant des êtres animés et des choses inanimées, ou comme une surface vierge sur laquelle imprimer des systèmes et des formes efficaces. Si un lieu regorge de richesses cachées, il suffit alors de les extraire sous forme de paysages particuliers et de matériaux utilisables. Une telle ordonnance du monde en lieux naturels et leur contrepartie constitue un acte fondateur, et représente peut-être la plus radicale des activités architecturales.

Article 4 de 17

Énergie et aménagement

Avec des photographies de Gabor Szilasi

Les nouvelles villes industrielles créées par l’entreprise privée au début du siècle témoignent de la confluence des forces économiques, sociales et politiques qui façonnent les formes urbaines. Construites rapidement et à grands frais, ces villes font l’objet d’une planification systématique, en réponse à des objectifs de rendement industriel nécessitant une forme de contrôle social qui assure l’hégémonie de la classe dirigeante. L’exposition retrace la création et l’évolution de collectivités implantées dans des régions du Québec où les ressources naturelles abondent, à proximité de trois rivières, aménagées en fonction de la production d’électricité. Énergie et ressources réunies ont permis le développement d’industries nouvelles : l’électrochimie, l’électrométallurgie (en particulier l’aluminium) et les pâtes et papier (grâce au potentiel colossal du Bouclier canadien).

Les villes de Shawinigan Falls (1899), Témiscaming (1917) et Arvida (1925), présentées par les entreprises fondatrices comme des cités-modèles, sont autant de jalons dans l’implantation progressive d’un urbanisme moderne au Québec. Chacune s’inscrit dans une longue tradition européenne et nord-américaine de villes créées par l’industrie et témoigne d’approches variées de l’aménagement urbain. Les compagnies, en recourant à des concepteurs reconnus au fait des plus récentes tendances internationales en aménagement urbain, portent la création de villes nouvelles au même niveau d’innovation que la fabrication de nouveaux produits de technologie de pointe.

En 1899, la compagnie Shawinigan Water and Power commande aux ingénieurs montréalais Pringle and Son le plan d’ensemble d’une ville nouvelle – au service de nombreuses industries – sur les bords du Saint-Maurice. Un tracé orthogonal à l’origine peu adapté à la topographie, mais révisé à mesure que d’autres industries s’ajoutent sur son territoire, favorise la croissance phénoménale de Shawinigan Falls. La minorité anglophone de la ville s’installe dans des emplacements privilégiés (rives, collines) où la SWP construit environ 170 résidences qu’elle réservera à ses cadres. La majorité francophone, pour sa part, logera dans des immeubles locatifs multifamiliaux édifiés par des entrepreneurs locaux. L’exposition présente des réalisations d’architectes tels David Robertson Brown, David Jerome Spence, Samuel Douglas Ritchie, Ludger Lemieux, Charles Lafond et Jules Caron.

Témiscaming, fondée en 1917 par la compagnie Riordon Pulp and Paper, constitue un cas classique de ville de compagnie isolée, établie autour d’une industrie unique. Ville fermée – entièrement financée et gérée par une entreprise jusqu’en 1972 – elle est planifiée par Thomas Adams, éminent urbaniste écossais, selon les principes des cités-jardins. Le plan directeur d’Adams adapte le tracé des rues au relief, la ville s’élevant sur une montagne en bordure du lac Témiscamingue, tandis que l’usine de pâte doit occuper un terrain moins en pente en contrebas, au confluent du ruisseau Gordon et de la rivière des Outaouais. Les architectes montréalais Ross and Macdonald construisent pour la compagnie, de 1918 à 1923, toutes les maisons de la basse-ville, quelques commerces et l’usine elle-même. De 1925 à 1950, le Torontois William Lyon Somerville conçoit pour la compagnie Canadian International Paper (CIP), – devenue propriétaire de l’usine – les maisons de la haute-ville, les écoles, les églises et l’hôpital. Une esthétique unifiée, établie dès la création de la ville, a prévalu tout au long de son développement.

En 1925, Alcoa, le géant américain de l’aluminium, commande la planification d’une ville modèle sur les rives du Saguenay, autour de la plus importante fonderie d’aluminium du monde occidental. L’architecte new-yorkais Harry B. Brainerd dessine un plan ambitieux pour une métropole régionale de 50 000 habitants, selon les principes de la City Beautiful américaine, et qui tient compte d’un site majestueux traversé de petits vallons entre lesquels s’étalent des quartiers résidentiels aux rues droites et aux courbes reliées par des avenues diagonales. Le centre-ville est conçu comme un centre civique d’échelle monumentale, face à l’usine. Arvida, la plus importante ville de compagnie canadienne du siècle, témoigne de l’évolution rapide de l’urbanisme, ses concepteurs exploitant des approches nouvelles en matière de préfabrication, d’uniformisation et d’hygiène sociale. Un zonage rigoureux des secteurs commerciaux, résidentiels et industriels assure l’implantation d’équipements publics soigneusement intégrés au paysage et au tissu urbain.

Ce texte est tiré de l’exposition du CCA intitulée Énergie et aménagement : les villes industrielles planifiées du Québec, 1890-1950 (1996).

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