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Désenchantements technologiques

Il s’agit ici d’un recueil d’histoires sur les nouvelles technologies, sur l’optimisme et sur les limites. L’avantage technologique qui permet aux êtres humains d’explorer l’espace, de construire des objets de plus en plus hauts, de plus en plus étendus et de plus en plus rapides, ou de jeter des ponts entre des contextes, des disciplines et des problématiques disparates, n’offre pas toujours le résultat escompté. Sans oublier que certaines technologies redéfinissent notre manière de penser et de vivre à tel point qu’elles deviennent elles-mêmes le terrain de nouvelles spéculations.

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La ruche d’informa­tion

Une lecture de la Oxford Corner House de Cedric Price

L’Oxford Corner House (1965-1966) de Cedric Price est un projet non réalisé de centre public de communications et de formation, inspiré librement du Fun Palace que Price conçoit à la même époque. Il s’agit de transformer l’intérieur physique et la vocation conceptuelle de la J. Lyons & Co. Corner House, située sur Oxford Street, dans le centre de Londres1. Le résultat envisagé est une « ruche d’information » ouverte 24 h sur 24, avec des installations pour les conférences, l’enseignement, les expositions, l’accès à l’informatique, un planétarium, une bibliothèque audiovisuelle et des aires de repos publiques, pour une capacité allant jusqu’à 5 000 personnes. Alternative aux universités britanniques, petites et élitistes, le complexe est également pensé comme un « centre civique » qui accroîtrait la visibilité et l’accessibilité aux équipements éducatifs et aux services d’information dans le noyau urbain.

J. Lyons & Co. est une grande entreprise britannique aux activités multiples de restauration, fabrication et distribution de produits alimentaires fondée en 1887. Son volet public comprend une chaîne de magasins de thé et, à compter de 1909, plusieurs Corner Houses ouverts 24 h sur 24, proposant marché alimentaire, salons de coiffure, cabines téléphoniques et restaurants thématiques avec serveurs en livrée et musiciens, répartis sur quatre ou cinq étages et employant chacun quelque 400 personnes. Au début des années 1960, l’entreprise est déficitaire, en partie en raison de l’arrivée d’une nouvelle génération qui se tourne vers la restauration rapide à l’américaine.

L’Oxford Corner House est donc choisie pour une opération de réorientation expérimentale de ces emplacements de choix du centre-ville. Dans une note interne datée du 20 septembre 1965, le client Patrick Salmon exprime sa conviction quant à la capacité du lieu à répondre aux besoins de la population en matière d’activités de loisirs et quant au potentiel pour l’Oxford Corner House d’établir un nouveau modèle social, comme cela avait été le cas avec les magasins de thé au tournant du siècle.

Longtemps avant l’avènement des ordinateurs personnels, et encore plus celui des cafés Internet, Price conçoit l’Oxford Corner House comme un centre névralgique de communication dans la collectivité. Il explore une grande variété d’outils technologiques susceptibles de fonctionner comme soutien à l’éducation et la formation : le système de projection Eidophor, capable de projeter des programmes télévisés sur de grands écrans extérieurs en pleine lumière du jour; le Link System for Indoor Driving Tuition, un simulateur de conduite; et des ordinateurs IBM avec une capacité de 844 000 000 caractères (et aux frais de location mensuelle appréhendés de 17 500 £).

Pour s’assurer d’un concept flexible permettant des utilisations non prévues, Price prévoit de se brancher au réseau de distribution d’énergie pneumatique de la London Hydraulic Power Company pour permettre le soulèvement et l’abaissement d’étages entiers. Dans le but d’optimiser l’interaction physique des usagers, Price consacre de nombreux dessins à des plans d’étage alternatifs où il étudie diverses configurations de locaux privatifs, de l’« individu autonome » à la « périphérie variable2 ». Et pour éviter que l’omniprésence de la technologie n’étouffe l’utilisateur, il propose des projecteurs installés dans les plafonds et étudie de manière exhaustive les angles appropriés de projection pour des pièces de différentes dimensions. Dans les notes accompagnant un de ces dessins, Price s’intéresse à l’incidence potentielle de différentes sortes de médias sur la participation active des usagers – évoquant le médium « chaud » du cinéma par opposition au médium « froid » de la télévision –, faisant référence à sa lecture d’Understanding Media (McGraw-Hill, 1964), de Marshall McLuhan, qui vient d’être publié3.

Le fonds Cedric Price au CCA comprend plus de 300 dessins et photographies et 0,20 mètre linéaire de documents concernant ce projet. Dans une note à son maquettiste datée du 9 décembre 1965, Price précise que la maquette, qui fait également partie du fonds d’archives, doit être solide « car elle sera utilisée dans ce bureau comme maquette de travail et non simplement pour présentation4 ».


  1. Sur J. Lyons & Co., voir An electronic history of J.Lyons & Co. and some of its 700 subsidiaries  

  2. Diagramme montrant l’organisation potentielle des activités : Oxford Corner House. Fonds Cedric Price, CCA, DR1995:0224:043.  

  3. Fonds Cedric Price, CCA, DR1995:0224:077. Le texte sur le dessin est le suivant : « Jusqu’à un certain point, les gens sont simultanément en interaction avec : 1) le médium chaud qu’est le cinéma; 2) le médium froid de la télévision; 3) le médium chaud de l’écrit (qui, je suppose, se transformera en médium froid lorsque diffusé sur un récepteur de télévision); 4) le médium chaud de la radio et du son de manière générale; 5) le médium chaud del’imprimé sur des panneaux entourant le bâtiment ». Voir également la traduction en français de Marshall McLuhan, Pour comprendre les médias : les prolongements technologiques de l’homme, Saint-Laurent, Bibliothèque québécoise, 2001.  

  4. Fonds Cedric Price, CCA, DR1995:0224:342:001 

Les dessins, lettres, coupures de journaux et diagrammes de réseaux en lien avec l’Oxford Corner House font partie des possessions du CCA dans Cedric Price fonds.

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