Avec un autre angle
Wang Tuo présente Intensité dans dix cités, une installation vidéo qui invite le public à se pencher sur l'histoire de dix sites architecturaux en Chine
Des photos tirées du film Intensity in Ten Cities sont présentées dans l’ouvrage How Modern: Biographies of Architecture in China 1949–1979, sous la direction de Shirley Surya et Li Hua.
Intensité dans dix cités, qui ponctue toute l’exposition aux côtés de documentations d’archives, propose une réflexion sur les trois premières décennies de la RPC, tout en couvrant trois périodes qui en découlent : l’après-Révolution culturelle, le début des années 1990 et aujourd’hui. Suivant une structure cinématographique non linéaire, le film raconte l’histoire d’une femme, élevée par une mère monoparentale, qui devient architecte et effectue, sur fond de relation compliquée avec sa conjointe, des recherches sur dix sites architecturaux bâtis entre 1949 et 1979 dans le nord et le sud de la Chine. Témoignant de l’instabilité ayant marqué ces trois décennies, ces lieux matérialisent les contradictions de la mémoire collective et le traumatisme commun. Leur « point de fuite » récurrent perturbe et guide à la fois les découvertes de la protagoniste, exposant non seulement un récit idéologique alternatif absent de l’histoire architecturale officielle, mais aussi un amour caché entre feue sa mère et une autre femme – un imbroglio façonné par des temps agités.
S’inscrivant en opposition avec le narratif doctrinal généralisateur et l’étiquette socialiste-collectiviste apposée sur cette période de l’histoire de l’architecture, Intensité dans dix cités nous fait découvrir ces sites – certains très dégradés au fil du temps, mais néanmoins encore habités – sous un nouvel angle à travers des émotions secrètes et des récits personnels, dévoilant les réalités complexes de l’architecture et des minorités sexuelles éclipsées à l’époque. Ces bâtiments sont les témoins de sentiments indéfinissables et longtemps passés sous silence, et servent de portes d’entrée aux générations suivantes pour se réapproprier l’histoire et la mémoire. Bien que ces constructions ne portent plus en elles la conscience historique – à la manière d’états affectifs oubliés –, elles en laissent des traces dans les ruines et les fragments. En nous plongeant dans ces formes spatiales complexes et ramenant au jour des vérités muselées, l’œuvre fait renaître les réalités authentiques, mais tues, des personnes marginalisées en fonction de leur genre ou de leurs opinions politiques, tout en posant une fois encore la question de la culpabilité systémique dans l’histoire.