Il proposait à ses clients un design moderne, qu’il livrait dans les délais en maintenant le budget à un niveau raisonnable

Shirley Blumberg sélectionne et interprète les documents du fonds John C. Parkin. Image : Élévations nord et sud de l’immeuble de bureaux de Bata Limited, Don Mills, Ontario, 1963-1964. ARCH285803, fonds John C. Parkin, CCA. Don de Jennifer A.C. Parkin

Le pouvoir de l’image

Shirley Blumberg sur le fonds John C. Parkin

Panda Photography, John C. Parkin et ses collègues au bureau de John B. Parkin Associates, 1500 Don Mills Road, vers 1960. ARCH285424, fonds John C. Parkin, CCA. Don de Jennifer A.C. Parkin

Le Canada a été le théâtre de grands bouleversements dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, alors que le pays connaissait une croissance sans précédent au cours des années 1950 et 1960. Les transformations sociales, culturelles et économiques ont alimenté un optimisme national, un sentiment de prospérité et la foi en un avenir prometteur.

Cet optimisme a trouvé un terreau fertile dans l’architecture. Toutes les villes du pays avaient hâte d’adopter le modernisme international, alors qu’une nouvelle ère architecturale balayait le monde. Comme le terme l’indique, le modernisme international a été présenté comme l’expérimentation universelle d’un style architectural dans laquelle peu de cas était fait du contexte local en termes de lieu, de culture ou de tradition. Il s’agissait d’un nouveau langage architectural qui aspirait à déclencher un changement social et à embrasser les avancées technologiques en matière de construction.

John C. Parkin a joué un rôle important dans l’introduction du style international à Toronto et conçu ses bâtiments les plus remarquables pendant les deux décennies d’après-guerre. Cependant, en conséquence de la prédisposition canadienne à l’effacement, son travail et son influence n’ont jamais vraiment fait l’objet d’une reconnaissance nationale ou internationale. L’échelle, l’optimisme et l’élan qui caractérisent les bâtiments de Parkin durant cette période sont frappants. Nombre de ses projets sont des constructions à objet unique dans un paysage ouvert, situées dans les banlieues intérieures de Toronto en pleine expansion. Parkin a pleinement adhéré au modernisme d’après-guerre et la beauté formelle abstraite de ses conceptions est exceptionnelle.

John C. Parkin a travaillé comme designer principal pour John B. Parkin Associates (aucun lien de parenté) de 1947 à 1968, date à laquelle il a quitté l’entreprise pour créer sa propre société. La plupart des bâtiments abordés dans cet essai ont été conçus pendant son mandat chez John B. Parkin Associates.

Un architecte d’influence

Le fonds John C. Parkin du CCA offre un portrait fascinant de l’homme et révèle l’extraordinaire qualité de son travail dans les années 1950 et 1960. Passionné par l’art abstrait et sa relation avec l’architecture – à l’instar de sa femme Jeanne, défenseure engagée et efficace des artistes canadiens contemporains –, Parkin chérissait particulièrement l’idée d’une collaboration avec les artistes et les sculpteurs.

Les archives révèlent aussi que, par son apport novateur, Parkin a fortement contribué à la modernisation de Toronto, avant même de collaborer à deux des édifices les plus célèbres de la ville au milieu des années 1960 : l’Hôtel de ville conçu par Viljo Revell et le Toronto Dominion Centre de Mies van der Rohe. Le fonds renferme de nombreux dossiers contenant des ébauches annotées de ses articles publiés, de ses discours et de ses conférences, qui révèlent à quel point il défendait activement l’architecture et la construction des villes et comment il s’est fait le champion de l’enseignement de l’architecture, du logement et du domaine public de nos villes, autant de questions qui restent d’actualité.

Le pouvoir de l’image

Panda Photography, portrait de John C. Parkin, 1957. ARCH285451, fonds John C. Parkin, CCA. Don de Jennifer A.C. Parkin

C’était aussi l’époque de la croissance et de l’expansion rapide de la publicité, et Parkin a rapidement pris conscience du potentiel promotionnel de la photographie, tant pour son architecture que pour lui-même.

Un grand classeur de photographies témoigne de l’importance de son association avec Hugh Robertson, l’un des fondateurs de Panda Photography. À l’époque, Robertson était le meilleur photographe d’architecture au Canada, réputé pour ses saisissantes images d’architectures modernes photographiées en noir et blanc. Robertson a également réalisé des portraits saisissants de Parkin. Le fonds regorge de photographies, dans lesquelles l’architecte apparait toujours impeccablement habillé et le plus souvent en train de fumer. Parkin s’est montré particulièrement habile en reconnaissant que la photographie excellait à opérer la fusion entre le marketing du bâtiment et celui de son concepteur.

Connexions

Note de Le Corbusier à Parkin, vers 1955-1960. ARCH285471, fonds John C. Parkin, CCA. Don de Jennifer A.C. Parkin

Photographe inconnu, Parkin et Le Corbusier en Inde, probablement à Chandigarh, vers 1955-1960. ARCH285469, fonds John C. Parkin, CCA. Don de Jennifer A.C. Parkin

Dans une boîte contenant de la correspondance, un dossier intitulé « JCP en Inde » renferme des photographies de Parkin et de Le Corbusier à Chandigarh. Mon regard a été attiré par un bout de papier à peine plus grand qu’une carte de visite sur lequel figure une courte note écrite d’une main très élégante : « J’espère voir une fois le Canada.  » Elle est signée C. Jeanneret. Ayant vénéré Le Corbusier tout au long de mes études d’architecture, ce fut passionnant de tomber sur une note originale de Le Corbusier à Parkin.

Dans d’autres dossiers de correspondance, on trouve des photographies et des lettres échangées avec Henry Moore pendant la conception des Salles Henry Moore au Musée des beaux-arts de l’Ontario. Dans une ébauche de compte rendu publié en 1973 dans le livre Henry Moore in America, Parkin livre un récit fascinant et détaillé de la façon dont les salles Moore ont vu le jour au Musée des beaux-arts de l’Ontario.

D’autres ébauches de discours et d’articles publiés par Parkin sont tout aussi fascinantes. Dans un discours prononcé devant la Society of Architectural Historians à Boston le 27 janvier 1962, il raconte une expérience qu’il a vécue alors qu’il étudiait à la Harvard Graduate School of Design, lors d’un dîner relativement intimiste organisé par les étudiants en l’honneur de Le Corbusier à l’occasion de sa visite à Boston. Ils y avaient réussis à rassembler non seulement Le Corbusier, mais aussi Alvar Aalto, Marcel Breuer, Paul Rudolph et Hugh Stubbins, entre autres. Gropius, qui avait été le professeur de Parkin à Harvard, n’avait pu assister à l’évènement, ayant été appelé à Chicago pour les funérailles de Moholy-Nagy. Parkin réussit à traduire de manière quelque peu imparfaite le français de Le Corbusier. C’était une époque grisante, que l’architecte décrit en la qualifiant d’imprégnée d’une « sorte de zèle missionnaire et de foi dans la nouvelle architecture ». Ayant été étudiante en architecture au début des années 1970, je vois bien ce qu’il voulait dire.

Panda Associates, Henry Moore regarde une maquette du projet du Henry Moore Sculpture Centre, Art Gallery of Ontario, Toronto, 1971. ARCH285459, fonds John C. Parkin, CCA, Don de Jennifer A.C. Parkin

Globe and Mail, Parkin prononçant un discours aux côtés du Premier ministre Pierre Elliot Trudeau lors d’un dîner. ARCH285482, fonds John C. Parkin, CCA. Don de Jennifer A.C. Parkin

Un nouveau paradigme pour la pratique

Les objectifs ambitieux de Parkin ciblaient aussi bien le développement d’une nouvelle direction pour le design de l’architecture canadienne que l’invention d’un nouveau paradigme pour la pratique professionnelle. Il estimait que « sans un concept clair pour la pratique professionnelle, l’art de l’architecture est impossible ». Ses réflexions s’appuyaient largement sur la méthode de travail appliquée par Albert Kahn dans son cabinet à Détroit dans les années 1920 et 1930, qui consistait à introduire l’industrialisation dans l’organisation du bureau et à considérer les architectes comme des spécialistes et non des généralistes. Sa pratique avait l’efficacité d’une machine, reposant sur la conviction que le design ne pouvait être perfectionné que par un contrôle rigoureux. C’est peut-être grâce à la mise en œuvre du modèle organisationnel de Kahn dans le cabinet de Parkin que John B. Parkin & Associates est devenu le cabinet le plus important et le plus influent du Canada à la fin des années 1950 et dans les années 1960.

« Parkin’s Big and Beautiful » dans Globe and Mail Magazine, 5 juillet 1969. ARCH285518, fonds John C. Parkin, CCA. Don de Jennifer A.C. Parkin

Un article de Keith Spicer du 5 juillet 1969 paru dans le Globe Magazine cite John C. Parkin comme ayant déclaré : « Je me méfie de l’empirisme et de la pensée intuitive ». Du bureau de Parkin, Spicer dit aussi qu’on y déploie « une efficacité militaire rigoureuse pour servir les clients ».

Parkin considérait les architectes comme des « artistes sociaux », mais son personnel se conformait à un idéal organisationnel d’entreprise. Une photographie emblématique du bureau de Don Mills montre une succession de rangées de jeunes hommes en chemise blanche et cravate devant leur planche à dessin, tandis que Parkin, placé au premier rang, regarde l’appareil photo. Tous étaient rasés de près – les barbes étaient mal vues.

Parkin était fier de la façon dont son cabinet intégrait les disciplines de l’ingénierie et de ses rédacteurs de cahiers des charges; à l’époque, c’était sans précédent. Il proposait à ses clients un design moderne, qu’il livrait dans les délais en maintenant le budget à un niveau raisonnable. C’était une stratégie commerciale brillante qui a largement contribué à convaincre les clients conservateurs de Toronto d’accepter le style international.

Photographe inconnu, Parkin devant la salle de dessin au 1500 Don Mills Road, 1963. ARCH285454, fonds John C. Parkin, CCA. Don de Jennifer A.C. Parkin

Premières réalisations

Durant la période d’après-guerre, Parkin a conçu des bâtiments modernistes superbement aboutis, tels que le siège de l’Ontario Association of Architects (OAA) à Toronto (1954), l’aéroport international de Toronto (1965, connu plus tard sous le nom de Terminal 1) et la gare Union d’Ottawa (1966). Les archives révèlent clairement le puissant concept spatial qui était commun au premier et au troisième projet, en dépit des échelles et des expressions très différentes dans les deux cas. Le hall à deux étages de la gare Union s’articulait autour d’une importante rampe hélicoïdale qui reliait les passagers aux quais situés en dessous. Le bâtiment de l’OAA s’adaptait à la pente de son site grâce à une rampe de dimensions réduites qui reliait de manière fluide les niveaux supérieurs et inférieurs.

En revanche, le terminal 1 était réputé pour son design innovant et futuriste et son concept révolutionnaire de premier terminal circulaire au monde. La conception prévoyait que chaque porte ne soit pas à plus de deux minutes de marche du stationnement couvert. Pourtant, la forme sculpturale et l’organisation fonctionnelle tant acclamées ont finalement eu raison du terminal. Les avions devenant plus grands et le nombre de passagers augmentant, la rigidité de la conception l’ont rendu obsolète.

Plan du premier étage est de la gare Union d’Ottawa, 1965. ARCH285770, fonds John C. Parkin, CCA. Don de Jennifer A.C. Parkin

Coupes du projet de la gare Union, Ottawa, Ontario. ARCH285773, fonds John C. Parkin, CCA. Don de Jennifer A.C. Parkin

Max Fleet (photographe), Panneau de présentation du projet de siège de l’entreprise Ortho Pharmaceutical (Canada) Ltd., North York, Ontario, vers 1956. ARCH285611, fonds John C. Parkin, CCA. Don de John C. Parkin

Parkin a également conçu pour la banlieue plusieurs immeubles de bureaux prestigieux, notamment Ortho Pharmaceuticals (1955-56), Imperial Oil (1960-62) et le siège de Bata (1962). Chaque projet illustre une approche conceptuelle similaire – des formes rectangulaires basses, avec une concentration du design sur les élévations. L’innovation architecturale réside dans les qualités sculpturales du revêtement et des systèmes structurels.

En feuilletant les dessins des archives, il était frappant de constater à quel point les plans de ces premiers immeubles de bureaux étaient dépouillés et schématiques. Ils étaient peu développés, sans aucune considération apparente pour la qualité de l’environnement de travail intérieur. Même le climat extrême de Toronto avait peu d’impact sur le design, les façades étant vitrées sans tenir compte de l’orientation ou de la consommation d’énergie.

La promesse non réalisée

Outre les dessins et les photographies de ses projets, une brochure promotionnelle produite par John B. Parkin Associates révèle l’évolution de son approche avec la conception du siège d’IBM construit en 1965, une décennie après Ortho Pharmaceuticals.

Le plan du bâtiment s’alignait sur la topographie particulière du site, situé dans un ravin au nord de Toronto. Par rapport aux projets précédents, une approche plus sensible a présidé au développement de la configuration des plateaux, en offrant des espaces de travail plus intimes. Ceux-ci étaient magnifiquement connectés à la nature, tout en étant protégés de la chaleur et de l’éblouissement par l’articulation rythmique des façades et l’utilisation de verre solaire teinté de bronze. La masse de l’édifice se composait de volumes pleins et fracturés, revêtus de briques qui s’harmonisent avec le paysage naturel.

Contrairement aux principes universels du modernisme international, le design de Parkin se révélait ici particulièrement attentif au lieu, au confort humain, au climat et à l’environnement. Il a donné la priorité à la qualité de l’espace de travail intérieur. Les remarquables photographies du bâtiment réalisées par Panda montrent à quel point il s’agit d’un projet exceptionnel.

Ce qui est fascinant dans les archives de John C. Parkin au CCA, c’est qu’elles couvrent son travail pour John B. Parkin Associates, ainsi que le portefeuille de son cabinet indépendant ultérieur, le Parkin Partnership, créé en 1968. Même si ce dernier a produit des bâtiments professionnels de haute qualité dans les années 1970, les promesses de la carrière antérieure de Parkin ne se sont pas pleinement réalisées, et la production est devenue de plus en plus corporative et commerciale. Une telle trajectoire n’est malheureusement pas rare dans une carrière d’architecte. Il se peut que les idées de Parkin sur la pratique professionnelle, initialement si fructueuses, se soient avérées trop restrictives et rigides à long terme.

Rétrospectivement

L’ancrage de l’œuvre de John C. Parkin dans son époque est évident. En tant que femme praticienne, il ne m’a pas échappé qu’il est typique de la profession, dominée par les hommes de sa génération. Heureusement, la pratique de l’architecture évolue rapidement pour inclure une plus grande diversité de designers. Cette diversité, accompagnée d’une profession plus inclusive sont porteuses de promesses pour les générations futures d’architectes, qui pourront apporter une réponse plus réfléchie et plus efficace à l’énormité et à la complexité des défis mondiaux.

J’espère que l’inclusion des archives de John C. Parkin dans le programme Chercher et raconter du CCA renouvellera notre intérêt pour l’important corpus d’œuvres de cet architecte et qu’elle inspirera, tout en informant, les générations d’architectes à venir.

Shirley Blumberg était en résidence au CCA en 2022 dans le cadre de Chercher et raconter, un programme qui encourage de nouvelles lectures de la collection du CCA soulignant divers aspects de la pertinence intellectuelle actuelle de celle-ci.

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