Le vide de culture

La proposition d’Álvaro Siza pour le concours du Kulturforum

Le texte qui suit présente des œuvres issues de notre exposition « La fortune de la ville, c’est qu’elle n’a jamais été parfaite » (https://www.cca.qc.ca/fr/evenements/102435/latout-de-la-ville-cest-quelle-na-jamais-ete-parfaite), qui se tient du 21 mai 2026 au 6 janvier 2026, accompagnés des notes manuscrites d’Álvaro Siza, qui ont été transcrites dans le cadre d’un projet collaboratif en cours.

Álvaro Siza, Photographies du chantier du projet Kulturforum, Berlin, vers 1983. ARCH292942, AP178.S1.1983.PR04, fonds Álvaro Siza, CCA. Don d’Álvaro Siza

Le concours pour le Kulturforum de Berlin, un espace urbain morcelé détruit sous le régime nazi et par l’urbanisme d’après-guerre, s’inscrivait dans le cadre de l’Exposition internationale de l’architecture (IBA), une initiative majeure de rénovation urbaine visant à reconstruire Berlin-Ouest. L’objectif principal du concours était de concevoir un centre communautaire et une place centrale, ainsi que de réaménager la Potsdamer Strasse au niveau du Kulturforum. La proposition d’Álvaro Siza visait à rétablir des liens plus étroits entre le site et le tissu urbain d’origine, et à intégrer des espaces ouverts et piétonniers dans la ville.

1
Le projet a été développé dans un dialogue entre deux pôles : celui de [l’Architecture] – centré sur l’espace du Kulturforum, délimité par celui de l’urbanisme, qui a permis de dégager les idées-forces d’aménagement et les limitations propres à Berlin (histoire, plans, retour à [l’architecture]).

En toile de fond, le Mur. Certains des éléments architecturaux sont sans nul doute liés à des choix d’urbanisme; les autres doivent y être associés. La planification doit tout englober.
2
Les éléments d’architecture : le Kulturforum.

Ce dernier est défini par les édifices de Scharoun. Le premier à être construit – et celui qui, incontestablement, a intégré le concept d’[Architecture]. comme fonction de planification et élément intermédiaire – a aussi été le premier à être conçu. Le rôle de Mies est plus limité; toutefois, Scharoun n’a pas manqué d’en tenir compte lors de la création de la bibliothèque.

Celle-ci crée une impression d’unité {c’est le bruit} dans le concept du Kulturforum, en lien avec la trame urbaine. Sa forme façonne une ouverture et intègre l’ancienne salle de l’orchestre philharmonique à son environnement; elle « submerge » Mies van der Rohe, créant par là-même son négatif en son sein. En ce sens, elle lui permet de perdurer.

L’espace scharounien est à la fois une entité définie par des volumes et une « silhouette » (limitrophe) d’objets architecturaux. Pour ce qui est de l’œuvre dans sa globalité, cet équilibre musculaire, instable et extrêmement fragile est atteint par la présence de noyaux robustes {(qui prennent leur autonomie)} et d’éléments environnants dont la fonction est de mieux structurer l’espace.
3
Le mouvement entrepris implique une rupture (une interruption de la chaussée, un rejet des axes droits), et une esthétique sous-tendant le concept d’organisation spatiale en convergence; et cette convergence est l’essence même du rôle d’IBA.

L’idée nécessite une nouveau rapport (ou rapport renouvelé) à la perturbation urbaine, une attention aux détails émanant d’une réelle prise en compte des problématiques vécues par la population, une vision qui ne repose pas sur la fragmentation analytique, etc.

Dans cette optique, on peut aussi parler d’une tendance vers le revivalisme, en particulier le style machiniste d’avant-guerre.

Le discours ambiant ne doit rien occulter, pas même le foisonnement des années 1950 et de la période d’après-guerre, avec tous ses échecs et ses innovations.
4
Un espace pour les piétons = Kulturforum
5
Le vide, l’apprivoisement de l’environnement, l’identification des principales contraintes et logiques, entre architecture et urbanisme (Scharoun); un étrange déficit de substance [conceptuelle], mais toujours une recherche de forme, une conscience de la précarité, dans l’espoir que la méthode proposée soit adéquate. Description

Circulation. [ ] entre trois vides

{Texte inséré à la droite de la page} {[ ]}
6
Le bâtiment à l’état de schéma : aperçu

Álvaro Siza, Dessin du site du Orchestre philharmonique de Berlin conçue par Hans Scharoun, juillet 1983. ARCH281734_022, AP178.S2.1983.005, fonds Álvaro Siza, CCA. Don d’Álvaro Siza © Álvaro Siza

Le projet de Siza s’est appuyé sur les bâtiments existants : la Bibliothèque d’État et la Philharmonie de Hans Scharoun, la Nouvelle Galerie nationale de Mies van der Rohe, le Centre des sciences sociales de James Stirling et Michael Wilford, ainsi que l’église Saint-Matthieu. Le Kulturforum était un complexe culturel composé de bâtiments monumentaux, tous totalement isolés les uns des autres. Siza avait pour objectif de transformer le forum en une série d’espaces ouverts et bien délimités qui préserveraient l’autonomie de chaque bâtiment tout en créant un dialogue architectural cohérent entre eux.

1
Le problème fondamental est à l’extérieur du centre. La périphérie doit être construite [sur fond des ruines]
   a.
Pour apporter la vaste ouverture centrale au forum
   b.
Pour faire en sorte que les bâtiments (qui, pris isolément, sont colossaux) ne détonent pas avec les monuments.
2
Scharoun joue avec les volumes isolés « [sur] la lumière ». Ces volumes ont besoin de grands espaces, pour respirer. Scharoun prévoit un second niveau de constructions, à l’échelle du passant. Des bâtiments bas qui façonnent l’espace, les annexes, murs, assurant le lien entre les grands volumes – bibliothèque, philharmonie, musées, église.
3
Attention particulière aux espaces [ ] ou non, qui raccordent la zone.

[…]

Le fait même qu’il ne soit pas reconstruit « ouvre » de nouvelles possibilités. Chaque nouvelle idée peut toujours être un fragment – un fragment d’un autre « concept ». Des choses prises dans un conflit. Jamais comme un autre « concept ». {complet} Tout se transforme. Une fois de plus, à Berlin, les concepts naissent lentement – et ne sont pas « aboutis » ou « définitifs ». Il y a toujours un doute, une tension. Les conflits ne peuvent être camouflés. C’est un creuset ardent; malgré l’artificialité de son développement. C’est un laboratoire dans un contexte de réalités dantesques : conflits sociaux, questions identitaires. Berlin est une ville difficile. Un corps malade qui nous glisse entre les doigts. Un corps dont on ne peut disposer; pas à pas, nous franchissons ce qui s’offre à nous.

La présence du Mur. Sa démolition sera une [voix] pour l’avenir, pour [les aspirations]. On ne peut l’ignorer. Avec les [fortifications] Tous les cataclysmes ont servi de raison pour des planifications systématiques. Ou pour un désastre éternel. Berlin (guerre/reconstruction) est le compromis.

[…]

Les bâtiments se rapprochent et entrent en interaction. C’est un dialogue ouvert, non figé.

{↓ La texte qui suit est inséré ci-dessous}

{va-et-vient}

C’est ce qu’il m’intéresse d’approfondir.
(la réceptivité de [l’architecture] de Scharoun)

Ce que j’aime chez Scharoun, c’est la « suspension » :

Une forme d’instabilité pétrifiée, une décontraction latente, mais toujours rétablie.

Le bâtiment, peu importe le moment, offre une image de détermination. Nous bougeons. Il semble tomber en morceaux. Mais tout de suite il se transforme, se reconstruit. Y-a-t-il des moments d’imperfection? Dans cette architecture, il n’y a pas de moments; le déséquilibre fait partie de la perfection. Scharoun ne s’autorise pas à s’arrêter devant une façade pour tutoyer la perfection sans effort. Chaque perfection est une passerelle glissante vers une autre perfection.

Álvaro Siza, Plan du Kulturforum, Berlin, vers 1983. Collage de reproductions, à l’encre et au crayon de couleur sur papier. ARCH290823_001, AP178.S1.1983.PR04, fonds Álvaro Siza, CCA. Don d’Álvaro Siza

L’approche de Siza concernant les espaces ouverts du Kulturforum visait à garantir une liberté de circulation totale. Pour ce faire, il a recommandé d’enterrer la Potsdamer Strasse, très fréquentée, afin de récupérer sa surface pour en faire un espace public. Un pont partiellement couvert enjambant le Landwehrkanal reliait le forum au sud et créait un accès piétonnier. Siza proposa un revêtement uniforme en dalles de pierre sur l’ensemble de la zone et omit délibérément toute végétation et tout mobilier urbain fixe, transformant ainsi le site en un espace ouvert et flexible.

La zone reliée au Reichstag vers le sud est un prolongement de l’axe nord-sud, avec des points d’accès répartis pouvant ou non traverser le parc, selon les relations avec les constructions existantes.

Environs. Vers le nord – coupe à travers le Tiergarten

Vers l’ouest – densification (étude de planification) par Stirling

Vers le sud – baisse de la circulation – nouveau pont

Vers l’est – petites places longeant le boulevard – à l’est

Reconstruction du pont débouchant sur [Lützowplatz]

Tronçons prolongés de l’axe N-S.

Amélioration de la liaison est-ouest, préservation de l’aménagement éventuel d’un parc ferroviaire dans le cadre d’un développement supplémentaire de l’axe N-S, aménagement d’un carrefour dynamique au niveau de la rue – trouées et stationnement souterrain.

1
Cadre et objectifs de l’étude
2
La situation actuelle du Forum culturel [ ] {reflète} l’histoire d’un site qui est {prédestiné et, pour cette raison même, sujet} à des interventions d’urbanisme successives, en fonction des vicissitudes de [ ]

{Le texte qui suit est encerclé}

{De l’axe de Speer, ancrage puissant pour les projets antérieurs, au plan de Scharoun, un reflet du désir d’effacer le passé, et de l’optimisme nerveux de la période d’après-guerre, latent dans le très vigoureux débat des dernières années. Le résultat est un vide au centre d’un autre vide : la zone alentour clairsemée, détruite par la guerre et les tentatives urbanistiques subséquentes}.

Speer a créé Durant le régime nazi, {Speer a créé selon le {concept} de Speer, défini dans le plan} les tendances préexistantes des plans successifs pour la réalisation d’un axe nord-sud clairement défini, partant d’un prolongement à l’est du site [ ]

Scharoun, reflétant l’optimisme inquiet de l’après-guerre, la volonté d’éradiquer tout ce qui pourrait rappeler le passé, a conçu [ ] une [ ] {large} voie [ ] dont le tracé détermine la forme de sa bibliothèque dans sa relation avec la Philharmonie, laquelle, sur l’axe nord-sud, coupe également la Potsdamer Straße.

L’étude actuelle d’IBA suit la tendance formulée précédemment, abandonnant l’idée de grand axe routier au profit d’une connexion plus étroite entre avenues et rues.

{La controverse entourant les révisions successives du plan de Scharoun traduit bien le climat actuel d’indécision}

{↓ La texte qui suit est inséré ci-dessous}

{Dans la renonciation à l’esprit analytique qui [ ] du zonage; le rétablissement de la circulation routière, l’objet isolé, l’altération de la lente fragmentation de la ville que certains ouvrages remarquables avaient préservée [ ]}

Le résultat est un vide au centre d’un autre vide : un quartier faiblement peuplé autour du forum, détruit par la guerre et les réaménagements {entrepris} ultérieurement.

Le néant, vraiment : Berlin, Berlin, une île en plein territoire est-allemand, séparée de son autre moitié par un mur.

[…]
1
Cet audacieux projet s’inspire du « moins, c’est plus » de Mies van der Rohe et du « désir d’ordonnancement » organique de Scharoun.

Le Forum [ ] condamne [ ] et la richesse sans retenue [ ]. Du cycle de Speer, basé sur des projets antérieurs au plan de Scharoun, émerge le reflet d’un optimisme d’après conflit et la détermination à faire table rase du passé, de tout, notamment avec le projet de Mies, interrompu aux États-Unis, puis relancé près de l’église où il a été baptisé, dans la ville qu’il avait quittée – voilà qui traduit une quête {tumultueuse} de curiosité. « de réhabiliter ».

Le résultat de tout cela est un trou béant au centre d’un trou – la zone détruite{clairsemée} [environnante] – au centre d’un autre trou : l’enclave formant la moitié de {la ville de} Berlin. Dans un tel contexte – sur lequel je ne m’attarderai pas outre mesure – [ ] des variations dans la portée des projets. Ce qu’il en reste avait vocation à s’inscrire dans la durée [ ], a résisté comme legs de la ville, et existe toujours comme [ ] de celle-ci.

Ces conditions satisfont à {reproduisent} la pratique d’IBA, allant même jusqu’à [ ] celle [ ] d’un retour, [tumulte] de la reconquête d’une capacité de trans [ ] transformation.

[…]

[…]

Le développement du Forum fera l’objet d’un examen plus minutieux que celui de ses principaux centres d’attraction : la bibliothèque, la Philharmonie et ses agrandissements, les nouveaux musées en chantier et le Musée Mies.

Les entités qui doivent prendre leur place {agora} parmi ces plus vastes institutions appartiennent à l’univers de ces structures [environnantes]. C’est ce qui a déterminé le volume : deux étages entourant un cloître. Par ailleurs, sa forme s’inscrit dans une contribution à l’intégration Mies-Scharoun, au-delà de ses qualités propres.

L’annexe est de la bibliothèque a pour vocation à définir l’esplanade de l’avenue le long de l’axe nord-sud dans ce secteur et à desservir la bibliothèque en l’absence d’autoroute.

[…]

Invitation de Brigitte Cassirer à présenter une proposition de concept pour le projet du Kulturforum de Berlin, 8 août 1983. ARCH293057, AP178.S2, fonds Álvaro Siza, CCA. Don d’Álvaro Siza

Le projet du nouveau centre communautaire — un bâtiment rectangulaire doté d’une cour centrale — délimitait l’un des côtés du forum central. Ses angles s’alignaient sur ceux des bâtiments voisins, la Nouvelle Galerie nationale, l’église Saint-Matthieu et la Philharmonie, définissant ainsi certains des nouveaux espaces publics ouverts. La position du bâtiment par rapport à l’église créait une place orientée vers le sud donnant sur la galerie. Du côté nord, la géométrie rigide du bâtiment s’interrompt pour créer une autre place orientée vers la Philharmonie. La proposition de Siza n’a pas été retenue par le jury, qui a préféré l’approche de Hans Hollein.

{Esquisse géométrique de la Bibliothèque d’État de Berlin, par Hans Scharoun}

Je suis à Berlin; au milieu de la confusion.

J’ai fait le [Kulturforum], comme tu sais (Hollein a gagné)

[…] après, j’ai été à Caserta, pour un autre concours.

[…]

Quelqu’un a dit que mon projet est possible. À ce moment ils me demandent de nouveaux dessins.

{[-]}

et le jury aura une [autre réunion]. Il faut le dire que mon travail [leur 3 votes,] et celui de Hollein [7]..

À un moment [ ], mais je ne sais pas s’ils examinent vraiment mon travail; d’après ce que je peux en juger, leur approche du projet ne me concerne en rien [ ]

Pas de problème.

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