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Researxting

Martin Huberman conçoit une conversation virtuelle sur le caractère intime de la métamorphose de l'architecte devenu développeur

Researxting, Martin Huberman s’entretenant par texto avec Fernán Goldín
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Martin Huberman s’entretenant par texto avec Fernán Goldín, architecte du Estudio Dumont, 21 janvier 2021. Produit par le CCA dans le cadre du projet CCA c/o Buenos Aires, 2021

Comment enquêter sur les traits humains qui façonnent une discipline, à une époque où l’humanité elle-même met notre vie en danger? Quand la distance est la norme et que le numérique a englouti même les rencontres les plus corporelles, comment s’enquérir de l’intimité des histoires qui ont forgé un moment?

Lors de la période qui a succédé la crise économique argentine de 2001-2003, la discipline a grandit, s’est développée, a acquis de nouveaux langages et de nouvelles connaissances, mais non pas à partir de l’académisme, de la théorie ou de l’érudition, mais plutôt au niveau de la pratique. Dans cet effort qui signifiait la reconstruction en tant que professionnel à partir des décombres, l’autogestion en tant que mouvement se démarque, peut-être jusqu’à aujourd’hui comme étant l’une des caractéristiques les plus remarquables de l’architecture contemporaine de Buenos Aires. Pour cela, l’architecte a dû se séparer en un temps record d’un modèle de production dans lequel il dépendait forcément de la demande d’un client, pour se projeter comme un juste sauveur d’amis et de connaissances qui s’adaptent au moule sous le sens le plus large du concept de refuge, mettant à l’abri l’épargne sauvée du débâcle bancaire sous forme d’entreprises résidentielles.

Mais d’où vient cette connaissance?

Quels types de stratégies ont été mises en œuvre pour donner naissance à un trait professionnel toujours d’actualité?

Là où le sexting devient véritable, le researxting est né: un essai sur les investigations intimes sous forme de chat virtuel. Une série de conversations numériques avec des architectes de sexes, d’âges et d’horizons différents, qui ont traversé cette époque commune.

Premier extrait : le métier

Cette recherche est née d’une liste de questions simples, qui interrogent des sujets trop intimes pour être généralisés. À une époque régie par le «sauve qui peut», et avec une crise qui a marqué l’ensemble de la sphère socio-économique nationale, paralysant complètement l’activité professionnelle en raison d’une inflation brutale, les architectxs ont commencé à développer des bâtiments par eux-mêmes, sans aucune autre préparation formelle que leur propre volonté. Mais comment ont-ils appris à le faire, comment le fideicomiso leur a-t-il été présenté comme un outil pour faire face au néant? Les extraits des entretiens qui suivent mettent en évidence le caractère plus ductile de la discipline, qui, à son tour, s’unit et s’agence à l’aspect artisanal du métier. Pour beaucoup, une nouvelle connaissance a émergé - absente dans les institutions académiques et professionnelles - à partir de la vivacité ancestrale de l’échange oral, là où persiste encore le binôme classique enseignant et apprenti. Les histoires d’Ana Smud, Ana Rascovsky et Pablo Ferreiro établissent l’origine de tout cela, loin des livres, des salles de classe et du monde universitaire, en démontrant cette confiance, qui pour certains, ne peut exister qu’au sein de la famille.

Conversation par texto avec Ana Smud
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Martin Huberman, architecte et commissaire du programme CCA c/o Buenos Aires, échangeant des textos avec Ana Smud, architecte de El Estudio de arquitectura Ana Smud, le 25 août 2020

Ana Smud

MH:
OK, question suivante…
MH:
Quand as-tu entendu parler de fideicomiso pour la première fois??
AS:
Oh, je ne me souviens pas … mais ça fait longtemps.
MH:
Donnez-moi une date
AS:
Mes deux parents sont architectes et développent des projets
AS:
Je m’en souviens en tant qu’étudiante
AS:
Dans le premier projet de développement de mon père
AS:
Je ne me souviens pas de l’année
MH:
2004-2005?
AS:
Oui, probablement
MH:
Donc, la première fois que tu as entendu parler de fideicomiso, c’était à travers ton père?
AS:
Oui
MH:
Bien. Peux-tu dire s’il y a une partie de ça que tu as appris à l’université ou est-ce que tout ce savoir t’as été transféré de manière artisanale, comme le bouche à oreille …?
AS:
Je ne crois pas avoir appris quoi que ce soit à ce sujet à l’université


Ana Rascovsky

MH:
Combien d’unités avez-vous?
AR:
10
MH:
Combien de ces unités étaient destinées à de la famille ou à des connaissances directes?
AR:
1 pour nous. 1 pour Irène. 3 pour la famille. 2 pour un ami. 1 pour le partenaire développeur. Le reste nous les avons vendus plus tard
MH:
8 pour des connaissances et 2 à vendre
AR:
Oui
MH:
Sur ces 8, ils ont acheté pour y vivre ou comme investissement?
AR:
Le nôtre pour y vivre, 2 pour une amie, pour elle et sa fille. Le reste pour l’investissement. Mais tu sais au début c’est difficile de savoir pour sûr… par exemple mon frère pourrait finir par vivre dans l’unité de ma mère…
MH:
C’est clair. Y a-t-il une différence dans le design entre ceux destinés au logement et ceux destinés à l’investissement?
AR:
À Vilela, très peu. Parce que les propriétaires ont quand même demandé et donné leur avis et participé (mon beau-frère en a acheté 2, qui au début était une grande unité et il a demandé à les diviser). Tout le monde a participé. Le seul pour lequel il n’y a pas eu de participation était celui de mon oncle et ma tante en Espagne, parce qu’ils n’étaient pas là. Et c’est sorti un peu bâclé… finalement on l’a acheté (c’est mon studio maintenant).
AR:
C’était un événement familial, un sujet de discussion dominicale, etc.
AR:
Comparable à Simona, qui est née cette même année. Deux bébés.
MH:
J’aime ça, le bâtiment en tant que commune familiale.
MH:
Cela signifie-t-il que ceux qui étaient destinés à un client ont bénéficié du processus?
AR:
Sans aucun doute. L’œil du maître engraisse le bétail
MH:
Ha!
AR:
Oui. C’était comme ça.
AR:
Et pour les membres de la famille les plus proches, nous l’avons fait avec plus d’amour😊
MH:
Évidemment!


Pablo Ferreiro

MH:
Je pose la question parce que je me souviens avoir entendu parler du travail d’AFRA comme une conjonction entre la typologie et la structure financière. En tant que type de logement, les maisons superposées et un financement sous forme de fiducie. Je fais référence à la période d’après-crise de 2001. Vers 2005-2006, lorsque je quittais la faculté, vous avez réussi à avoir une certaine marque architecturale qui était autrefois très demandée. Peu d’agences ont réussi à faire cela.
PF:
Eh bien, c’est un peu ça dont je vous parlais au début. L’après 2001, la grande crise culturelle, sociale et économique de notre pays, a fait qu’on s’est retrouvés ici, sans penser à partir comme plusieurs, et face à la possibilité d’une reconstruction, avec l’avantage de ce qui a été capitalisé dans l’expérience de l’hyperinflation de 1989. Nous étions jeunes, nous le voulions et, avec cette petite expérience en plus, ajoutée à un rebond presque évident après avoir touché le fond, nous nous sommes retrouvés dans le scénario de construire sur une ville en pleine croissance, dans le nouvel anneau permis par les nouvelles autoroutes, en deux types d’opérations: les nouveaux quartiers de l’axe nord (logements unifamiliaux pour jeunes classes moyennes aisées, la possibilité de vivre dans leur propre logement en «nature»), et le stock de terrains mis à disposition grâce au déplacement d’anciens programmes de production traditionnels (crèches, usines, des étables liés à l’hippodrome de San Isidro). En raison de l’augmentation des loyers du terrain, ceux-ci se sont déplacés de 20 à 30 km plus loin, laissant un potentiel de terrain vacant de dimensions inhabituelles dans la logique du 8.66, où, du point de vue de l’architecture, nous avons réussi à réaliser une série de projets atypiques, avec de nouveaux types de logements groupés qui d’une part ont généré de nouveaux formats non envisagés puis incorporés dans le code de San Isidro, où ils y ont créé une sorte de marque, je crois que c’est à ça que tu fais référence.

Tous ceux qui étaient à l’agence, sommes devenus un peu experts des formats financiers, de la fiscalité, des modèles juridiques, et cela nous a rendus assez fiables, et nous avons été bénéficiaires de la confiance de nombreux petits (et pas si petits) épargnants qui ont financé chaque immeuble, et d’une certaine façon ils sont devenus développeurs, puisque nous travaillons sans cette figure: chaque investisseur était un développeur; et nous, bien que nous étions les référents, nous nous sommes réunis et en quelque sorte administrés, nous avons utilisé le format pour générer du travail et contrôler les projets du point de vue architectural, mais nous n’avions rien à voir avec la valeur ajoutée de la rente, si il y en avait une, qui était toujours laissée aux investisseurs.

Et comme je crois te l’avoir dit, bien que chaque membre du studio est devenu une sorte d’expert dans la multiplicité des dimensions impliquées dans la matérialisation d’un bâtiment (projet, construction, achats, comptabilité, impôts, banques, finances, économie, etc.), le soutien de ma sœur Liliana, économiste, a été très précieux pour comprendre les idées d’un investisseur d’autres ligues, pour qui dividendes et profits se mesurent dans le temps, et par rapport à d’autres investissements possibles, plus ou moins risquées. En d’autres termes, comprendre ou essayer de comprendre cette matrice mentale a été un outil très précieux pour savoir comment argumenter.
MH:
Ces épargnants/investisseurs étaient-ils membres de votre famille ou des connaissances directes?
PF:
C’était comme ça dans les deux ou trois premiers projets. Très vite, ce réseau s’est élargi, de manière très naturelle. Si je devais faire le calcul aujourd’hui, nous devrions être près de quarante projets de logements en grappes construits de cette façon, et de ces près de quarante, peut-être trois ou cinq ont été faits pour un seul client. Le reste était pour les gens qui nous ont fait confiance et qui nous ont permis de tester, vérifier, expérimenter et, finalement, ça nous a permis d’avoir beaucoup de liberté de conception pendant toutes ces années. Nous n’avons jamais réussi, dans ce genre d’autonomie, à être liés au système des promoteurs et des sociétés immobilières qui ont développé une bonne partie de ce qui a été construit au cours des trois dernières décennies. Nous n’existons pas dans cette ligue.


Deuxième extrait: le saut

Ce qui nous apparaît aujourd’hui comme une transition organique a supposé dans de nombreux cas un saut dans le vide : une expérience à fleur de peau, une métamorphose sans fin. La force de cette mutation réside peut-être dans la capacité intrinsèque de la profession à modeler la matière en espace, en même temps que nous nous laissons modeler par le contexte. En partie par nécessité, en partie par ambition et en partie par folie, le désir a réussi à se matérialiser dans la gestion et le développement.

Conversation par texto avec Pablo Ferreiro
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Martin Huberman, architecte et commissaire du programme CCA c/o Buenos Aires, échangeant des textos avec Pablo Ferreiro, architecte du studio AFRA, le 13 janvier 2021


Ignacio Montaldo

MH:
Parlons de la demande. Il existe un imaginaire classique qui préfigure une certaine tension entre le développeur, qui veut une chose, et l’architecte, qui en prône une autre. Ces derniers temps, alors que les architectes se sont transformés en développeurs, on voit clairement que cet antagonisme n’est pas défini par autre chose que la logique de marché.
MH:
Après avoir vécu ces expériences, n’as-tu pas pensé ou voulu développer toi-même un projet?
IM:
Oui. Il s’agit de quelque chose qui est prévu dans le cadre des activités futures du studio.
MH:
Qu’est-ce qui serait différent, selon toi, si tu développais tes propres bâtiments?
IM:
Le fait d’être maître du processus décisionnel me semble intéressant…
MH:
Peux-tu être plus précis?
IM:
Ce n’est pas si clair pour moi. Je ne suis pas certain de pouvoir le mettre en mots…
IM:
D’une part, nous pourrions avoir plus de liberté dans la définition du projet et par rapport aux décisions, comme le choix du site ou des matériaux.
IM:
Mais développer ses propres projets ne me semble pas essentiel.
IM:
Jusqu’à présent, nous avons pu réaliser des projets dans lesquels nous croyons et avec lesquels nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, en travaillant pour des clients, qu’il s’agisse de particuliers ou de développeurs.
MH:
Pourtant, je trouve que c’est un cas intéressant. En général, ceux qui ont fait le saut vers le « développementalisme » n’avaient aucune expérience avec les développeurs. Dans ton cas, cet idéalisme persiste.
IM:
Le développement de nos propres projets nous intéresse dans la mesure où nous pouvons prendre nos propres décisions sans devoir solliciter l’avis du client. Je pense que c’est l’un des intérêts.
MH:
C’est comme si tu avais l’impression que tu peux le faire mieux… ou différemment.
MH:
Est-ce possible??
IM:
Récemment, j’ai pu constater la complexité du développement d’un projet, et, en ce sens, je comprends les difficultés qui y sont associées. C’est un type d’activité très différent de ce que nous faisons, une attitude mentale différente.
IM:
Je ne sais pas si ce serait très différent. Pour certaines choses oui, mais peut-être pas tant que ça. Je crois que l’intérêt est de pouvoir se créer du travail sans avoir à attendre qu’on t’appelle.
IM:
Manifestement, le fait de ne pas avoir à tout valider avec un client donne plus de liberté. Mais souvent, le choc des idées résultant de l’interaction avec le client peut considérablement contribuer au projet…
MH:
C’est parfaitement clair.


Pablo Ferreiro

MH:
Cela fait partie de ce que vous avez appelé, dans votre blogue, les opérations au sein du « parc immobilier disponible ». Ce croisement avec la terminologie financière m’intéresse beaucoup, car il suggère que le projet et l’œuvre sont strictement liés à la mécanique du financement.
PF:
Oui. Nous avons toujours su que l’architecture, ou plutôt les bâtiments ou les œuvres architecturales, quelle que soit leur échelle, se font avec de l’argent, celui des autres, qu’il soit public ou privé. Bien sûr, il était important de prendre soin de cet argent et, dans la mesure du possible, d’utiliser l’architecture pour générer de la valeur ajoutée pour ceux qui le mettaient en jeu.
PF:
Nous avons toujours présenté tout projet d’architecture comme une source de valeur ajoutée allant au-delà de la maximisation des indicateurs.
MH:
Et cette œuvre est née de cette idée, n’est-ce pas?

Metrific.ar, 2012 © Pablo Ferreiro/AFRA

PF:
En fait, l’œuvre prend forme dans une deuxième, peut-être même une troisième phase. Par « phase », j’entends ici chaque cycle entre les crises récurrentes produites par notre économie. Nous avons réalisé cette œuvre après la crise des prêts hypothécaires à risque, en 2009 ou 2010, et la privatisation de Vucotextil date de la fin des années 1980, peut-être de 1989, avec la chute d’Alfonsín.
PF:
En 2012, nous comprenions déjà mieux que l’accent ne portait plus tant sur la brique, mais plutôt sur l’argile, soit l’état antérieur de la brique, la terre.
MH:
L’apprentissage vous a donc apporté trois crises.
PF:
Bien sûr, les grands opérateurs ont toujours très bien compris la situation. Regarde seulement l’envergure du projet d’autoroutes des années 1990.
PF:
Si c’était possible, comme dans les jeux de mon enfance tels qu’Estanciero, T.E.G et Rasti, et si j’avais le capital, aujourd’hui je ne ferais jamais de fideicomiso. Je ne ferais qu’acheter et vendre des propriétés.
PF:
Faire des fideicomisos à prix coûtant aujourd’hui est comme une punition pour notre profession, car nous n’avons pas su former une guilde afin de prendre une plus grande place dans les débats publics sur les meilleurs modes d’habitation.
MH:
Ha ha…
MH:
« Un châtiment divin ».


Troisième extrait : L’hybride

La bicéphalie en tant que stratégie de l’architecte/développeur immobilier a engendré un certain langage hybride apparenté à la logique du marché, mais utopique dans son caractère typologique. La ductilité du langage a permis de formaliser les recherches et les essais, projet par projet, en unités et en styles, et dans certains cas, de donner une marque distinctive aux œuvres.


Fernán Goldín

MH:
Pour terminer… Votre cabinet propose, parmi d’autres œuvres, des appartements de type maison. J’aimerais connaître ta définition de cette construction typologique.
FG:
Bonne question…
FG:
Parfois, je pense que lorsqu’un logement a des escaliers, c’est déjà une maison.
FG:
C’est-à-dire que se déplacer verticalement est quelque chose qui ne se produit pas habituellement dans un appartement.
FG:
C’est comme transgresser une règle.
FG:
Rompre avec “les tranches d’une hauteur de 2,60”.
MH:
Qu’en est-il de l’entrepreneur qui veut vendre un logement sur un marché aux règles assez limitatives? Ou bien, comme vous le décrivez, cela fait-il toujours partie de l’idylle architecturale de redéfinir les typologies domestiques?
FG:
Laisse-moi y réfléchir…
FG:
Les règles du marché sont toujours les mêmes : l’offre et la demande.
FG:
Le marché immobilier est saturé, répétitif et vide d’émotion. Notre formule consiste peut-être à essayer de redonner tout son sens à l’émotion liée au fait d’habiter un lieu, émotion que seul un bon architecte peut créer. Ce serait comme essayer de faire en sorte que chaque logement ajoute cette émotion à l’entité que forme l’édifice, et les espaces communs définiraient en fin de compte l’espace public qui accompagne cette recherche dans chaque logement.
FG:
Escaliers privés et escaliers publics.
MH:
Il y a assurément une allure qui sort de la norme, et ce sont probablement les architectes-entrepreneurs qui en sont à l’origine.
Conversation par texto avec Silvana Parentella
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Martin Huberman, architecte et commissaire du projet CCA c/o Buenos Aires, échangeant des textos avec Silvana Parentella, architecte chez P/SG Arquitectes, le 4 février 2021


Silvana Parentella

MH:
Pourrais-tu définir le concept de « maisons urbaines » auquel tu fais référence?
SP:
Oui, je t’envoie des photos avant d’expliquer.
SP:
Après avoir commencé à étudier la typologie des propriétés horizontales, nous avons décidé de l’enrichir. Nous avons compris qu’il s’agissait d’une façon de vivre avec ses voisins, mais en étant sensible à une plus grande spatialité et interaction avec les usages extérieurs. Comme dans les maisons, mais avec des thèmes communs aux édifices. Les maisons urbaines sont des typologies qui se trouvent à l’intérieur d’un édifice, mais qui ont la configuration et le mode de vie d’une maison. Elles possèdent toutes leur espace extérieur privé, leur piscine privée et, souvent, leur propre ciel. Mais elles sont regroupées. Les gens passent par une entrée commune, comme dans les propriétés horizontales de type « casa chorizo ».
MH:
C’est très clair.
SP:
Pour le prix d’une maison sans terrain sur un coin de rue, tu peux obtenir une maison avec un jardin.
SP:
Les maisons du quartier Belgrano R qui ont été vendues ont rapporté le double.
MH:
C’est incroyable!
SP:
Nous permettons également aux clients de personnaliser leur maison afin qu’ils aient l’impression de créer leur propre espace.
MH:
Je te pose la question parce que l’autre jour, lors d’une entrevue similaire, un autre architecte a mentionné les appartements de type maison.
SP:
Oui, maintenant tous les architectes conçoivent des appartements de type maison. C’est une très bonne option.
MH:
Et je voulais savoir s’il s’agissait d’une terminologie que les développeurs d’espaces intérieurs imposent aux architectes d’espaces intérieurs ou vice versa.
SP:
Je pense que c’est une nouvelle typologie qui prend forme à Buenos Aires avec notre génération d’architectes, dont plusieurs sont très doués. Cette typologie est populaire et a trouvé preneur chez les gens qui ne veulent ni maison ni appartement.
SP:
Ils se sentent en sécurité.
SP:
En d’autres termes, bien qu’elle ait la charge architecturale pour se redéfinir en tant que typologie, elle a également une charge sur le plan du développement immobilier qui tente de la mettre en valeur dans un marché quelque peu plat.
SP:
C’est peut-être le cas. Elle a également commencé à se dénaturer.
SP:
N’importe quel balcon-terrasse est considéré comme une maison maintenant.
MH:
J’imagine que ça dépend du cas ou du niveau d’adéquation de l’un ou de l’autre.
SP:
La maison urbaine doit avoir un lien important avec l’extérieur et le paysage ainsi que la possibilité de se transformer, comme les maisons unifamiliales.
SP:
Un lien intime.
MH:
Donc, dans le cas de vos « maisons urbaines », l’idée d’agrandissement est envisagée?
MH:
Ou du moins la possibilité?
SP:
Parfois oui.
MH:
Comme dans le cas des anciennes propriétés horizontales.
SP:
Exactement!
SP:
Certaines se sont beaucoup transformées.
SP:
Il me semble important que les propriétés soient adaptables.
SP:
Elles adoptent un style quelque peu bohème, mais j’adore.
MH:
Il y a là un fil conducteur intéressant, celui de la capacité professionnelle à renommer ou à reconceptualiser les choses. Des propriétés horizontales aux maisons urbaines, en passant par les consortiums, les fideicomisos et les sociétés anonymes.
SP:
C’est la trajectoire.
SP:
On apprend de nos erreurs et corrige le tir.
MH:
L’architecte buenos-airien maîtrise à merveille le langage formel et figuratif de la ville.


Quatrième extrait : Matière et genre

La consolidation du monde de l’architecture en tant que partie intégrante du monde financier peut être interprétée comme un virage innovant du point de vue linguistique-typologique, ou même par rapport à la capacité des deux disciplines à s’enrichir de l’apprentissage autodidacte pour créer un mélange de systèmes, d’instruments et de mécanismes qui ont facilité et élargi la réalité constructive et projectuelle locale. Dans le même ordre d’idées, cette consolidation a également rendu possible l’accès des femmes architectes au monde du développement immobilier, historiquement dominé par les hommes. L’échange avec l’architecte Paula Lavarello et la développeuse Serenella Perreca, seule femme PDG d’une entreprise de développement immobilier local en Argentine, montre qu’au-delà les revenus considérables et la participation à ce secteur, la conjonction des structures hiérarchiques des deux disciples reste exclusivement masculines.

Conversation par texto avec Paula Lavarello
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Martin Huberman, architecte et commissaire du projet CCA c/o Buenos Aires, échangeant des textos avec Paula Lavarello, architecte chez Zas Lavarello & Asociados Arquitectos, le 4 février 2021


Paula Lavarello

MH:
J’aimerais te poser deux autres questions avant de terminer.
MH:
La première est liée au fait que tu as indiqué être la seule femme dans un environnement majoritairement masculin. Est-ce que tu penses que cette inégalité entre les sexes est responsable du fait qu’aujourd’hui l’architecture est largement considérée comme une structure spéculative?
PL:
Je n’étais pas la seule architecte, de 30-35 nous étions quatre.
MH:
Tu parles de la maîtrise ou des réunions des promoteurs?
PL:
De la maîtrise.
PL:
Oui, ça a beaucoup à voir avec ça!
PL:
J’ai utilisé le thème des voitures dans un exposé (certains hommes y font souvent référence). On ne peut pas parler d’une voiture à deux portes comme on parle d’une voiture à quatre portes… ce n’est pas la même chose. Lorsqu’on parle de la valeur au mètre carré, cela a parfois plus à voir avec la finition intérieure qu’avec la conception!
MH:
Plus tôt, tu parlais de développeuses immobilières et de directrices de banque. Il s’agissait de tes clients?
PL:
Non, les gens à la maîtrise.
MH:
Ah ok.
PL:
Nos clients sont évidemment tous des hommes!
MH:
Oh!
MH:
Tu n’as jamais travaillé avec une développeuse immobilière?
PL:
JAMAIS.
MH:
C’est bien quelque chose que j’aimerais voir. Il doit certainement y en avoir… je vais chercher.
PL:
Oui, il y en a une. Serenella Perreca. Elle fait partie du groupe SOY ARQUITECTA.net et gère une entreprise de développement immobilier plutôt importante. Les autres sont des architectes qui mettent en place des fideicomisos pour réaliser leurs projets… plus comme occasion de travail.
MH:
Intéressant! Merci. Je vais essayer de communiquer avec elle.
MH:
Dernière question.
MH:
Quand as-tu entendu parler de fideicomiso pour la première fois?
PL:
Il y a peut-être 10 ans de cela.
MH:
Dans quel contexte?
PL:
Au cours d’une réunion de développeurs.
MH:
Où tu étais sûrement la seule femme?
PL:
Ha ha, oui! Je pense que sans un associé masculin, je n’aurais JAMAIS pu entreprendre ce que nous avons réalisé. Et ce, même si beaucoup de nos clients étaient des connaissances personnelles.


Serenella Perreca

MH:
Paula a mentionné que dans de nombreux cas, elle était toujours la seule femme, à tel point que lors de réunions pour présenter des propositions à ses clients ou dans une maîtrise qu’elle a faite, la supériorité numérique des hommes sur les femmes était presque totale.
MH:
Je voulais commencer par là, puisqu’elle a indiqué que tu es la seule développeuse immobilière…
MH:
Je voulais savoir comment tu te sentais par rapport à ça.
SP:
Je suis loin d’être la seule. Nous sommes plusieurs développeuses. Je suis par contre peut-être l’une des rares à diriger une entreprise. Perreca Serenella : Je suis propriétaire du studio RSK depuis 13 ans.
MH:
J’imagine que Paula se référait probablement aux développeuses qui sont également en mesure de se lancer dans d’autres types de projets à tout moment. Mais comme tu le dis, tu es propriétaire d’une entreprise dédiée au développement immobilier de projets d’architecture…
SP:
Nous nous consacrons en effet exclusivement au développement d’immeubles en propriété horizontale, bien que nous nous occupions également du projet, de la gestion et de la commercialisation.
SP:
J’ai compris depuis longtemps que je ne devais pas me laisser tenter par d’autres types de missions.
SP:
J’ai donc décidé de concentrer mes efforts.
MH:
Dans ce rôle, as-tu des collaboratrices?
SP:
Il y a de nombreuses équipes au sein desquelles travaillent des collaboratrices.
MH:
Et elles occupent des postes de direction? Les entreprises de développement immobilier que je connais sont dirigées par des hommes, et les équipes de direction sont majoritairement masculines, alors ton cas me semble très particulier.
SP:
C’est effectivement vrai. Ce sont surtout des hommes qui dirigent.
MH:
Exactement.
MH:
Dans l’architecture en général, c’est la même chose, du moins à l’échelle locale. Il y a peu de cabinets dirigés exclusivement par des femmes. Il y a des équipes, mais il est difficile de trouver des studios composés exclusivement de femmes.
SP:
Oui, et c’est le cas dans d’autres disciplines aussi.
SP:
Il y a peu de PDG femmes.
MH:
Et comment cela affecte-t-il ton évolution en tant qu’architecte et directrice générale?
SP:
Je ne l’ai jamais ressenti comme un handicap. Je me suis consacrée à aller de l’avant et à réaliser mes projets. Je n’ai jamais considéré ma condition de femme comme une limitation.
SP:
Je peux cependant reconnaître qu’il s’agit d’un défi parce que je sais que tout le monde ne perçoit pas les choses comme moi.
SP:
Je sais que certaines personnes sont mal à l’aise ou ne se sentent pas en sécurité.
MH:
De savoir que c’est une femme qui est à la tête de l’entreprise?
SP:
Nous avons perdu un client qui nous a avoué qu’il n’arrivait pas à parler d’argent avec une femme.
SP:
Mais c’est une anecdote.
MH:
Oh… pas facile…
MH:
Ça me semble un délire.
SP:
En général, je me débrouille sans difficulté.
SP:
Oui, il y a des préjugés. Les femmes sont hystériques, ou innocentes ou moins habiles en négociation.
MH:
Je ne pense pas que c’est le cas, mais c’est ce qu’on nous a fait croire pendant longtemps…
SP:
Comme j’indiquais, je ne suis pas dans une tension permanente avec ce genre de mentalité. Je fais mon chemin avec la certitude que je ne mérite ni n’accepte aucun traitement différent parce que je suis une femme.
SP:
Au fil des ans, cela est devenu de plus en plus clair pour moi.
SP:
En effet, j’ai d’abord dû me déconstruire, comme beaucoup de femmes de ma génération.
MH:
Dans tes projets, y a-t-il un regard particulier sur l’espace du point de vue du genre?
SP:
Comme développeurs nous ne travaillons pas spécifiquement sur les questions de genre, mais en tant qu’architecte, je me suis rapprochée d’espaces pour y réfléchir.
MH:
Est-ce que tu fais référence à des collectifs de femmes architectes, comme SoyArquitecta?
SP:
Je suis justement membre de SoyArquitecta.
SP:
Il s’agit d’un espace fantastique.
MH:
C’est vrai. Le militantisme de ce groupe est à l’origine d’une révision d’une partie importante de l’histoire de l’architecture locale, redonnant leur juste place aux femmes architectes qui ont été invisibilisées tout au long de l’histoire.
MH:
Est-ce que tu penses qu’une partie de ce programme se reflète dans tes projets de développement?
SP:
Les bâtiments sont teintés d’intérêts reflétant l’époque, et en ce sens, les installations de bureaux à domicile et les autres installations offertes par les aménagements apparaissent comme des éléments qui fonctionnent bien.
SP:
J’ai commencé ce parcours avec un certain scepticisme, mais le poids des statistiques m’a ouvert les yeux.
SP:
Le plan d’action pour l’égalité des sexes m’a d’abord fait examiner la manière dont je constituais mes équipes de travail et m’a permis d’adapter mon approche à mes collaboratrices et à leurs besoins.
MH:
Donc, les équipes au sein de l’entreprise… Quel est le pourcentage de femmes et d’hommes aujourd’hui chez RSK?
SP:
L’équipe de direction de RSK est composée de 50 % de femmes et 50 % d’hommes.
MH:
C’est bien!

(…)

MH:
Penses-tu que la propriété puisse être autre chose qu’un refuge de valeur?
SP:
C’est une très bonne affaire en dollars.
SP:
Et c’est un objectif dans le plan de vie de toute personne.
MH:
N’est-ce pas un peu la même chose?
SP:
Peut-être.
MH:
Est-ce que ce pourrait être un moyen de militantisme?
SP:
Je ne fais pas de maisons…
MH:
Mais tu fais tout de même des propriétés… Au-delà de la qualité intrinsèque de la propriété, ne pourrait-on pas penser que cette structure permet d’éliminer les scléroses du marché?
MH:
Qu’elle nous aide à réfléchir à de nouveaux modes de vie?
SP:
Ce serait fantastique. J’avoue que le fait d’avoir une PME me pousse parfois à être plus conservatrice que je ne le souhaiterais…
SP:
Nous essayons de repousser les limites millimètre par millimètre.
SP:
Et lorsque nous nous y mettons, ça fonctionne.
SP:
Et ce, malgré la résistance des entreprises immobilières.
MH:
Le marché dans toute sa splendeur.
SP:
Nous vendons ce que nous faisons, et nous défendons nos immeubles jusqu’à la mort, mais nous sommes très sérieux. D’autres entreprises dans notre entourage se comportent de la même manière, mais je sais que ce n’est pas le cas de toutes.
SP:
Nous surmontons depuis longtemps les difficultés.
SP:
Ce n’est pas facile.
MH:
Vous êtes vraiment unique. J’espère que bientôt vous cesserez de l’être pour que ces millimètres deviennent des centimètres et ainsi de suite. Il manque indéniablement une perspective féminine au développement de cette ville.
SP:
Heureusement, je ne suis pas seule. Propriétaire d’entreprise ou associée, peu importe, NOUS SOMMES PLUSIEURS.
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