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Researxting

Martin Huberman conçoit une conversation virtuelle sur le caractère intime de la métamorphose de l'architecte devenu développeur

Researxting, Martin Huberman s’entretenant par texto avec Fernán Goldín
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Martin Huberman s’entretenant par texto avec Fernán Goldín, architecte du Estudio Dumont, 21 janvier 2021. Produit par le CCA dans le cadre du projet CCA c/o Buenos Aires, 2021

Comment enquêter sur les traits humains qui façonnent une discipline, à une époque où l’humanité elle-même met notre vie en danger? Quand la distance est la norme et que le numérique a englouti même les rencontres les plus corporelles, comment s’enquérir de l’intimité des histoires qui ont forgé un moment?

Lors de la période qui a succédé la crise économique argentine de 2001-2003, la discipline a grandit, s’est développée, a acquis de nouveaux langages et de nouvelles connaissances, mais non pas à partir de l’académisme, de la théorie ou de l’érudition, mais plutôt au niveau de la pratique. Dans cet effort qui signifiait la reconstruction en tant que professionnel à partir des décombres, l’autogestion en tant que mouvement se démarque, peut-être jusqu’à aujourd’hui comme étant l’une des caractéristiques les plus remarquables de l’architecture contemporaine de Buenos Aires. Pour cela, l’architecte a dû se séparer en un temps record d’un modèle de production dans lequel il dépendait forcément de la demande d’un client, pour se projeter comme un juste sauveur d’amis et de connaissances qui s’adaptent au moule sous le sens le plus large du concept de refuge, mettant à l’abri l’épargne sauvée du débâcle bancaire sous forme d’entreprises résidentielles.

Mais d’où vient cette connaissance?

Quels types de stratégies ont été mises en œuvre pour donner naissance à un trait professionnel toujours d’actualité?

Là où le sexting devient véritable, le researxting est né: un essai sur les investigations intimes sous forme de chat virtuel. Une série de conversations numériques avec des architectes de sexes, d’âges et d’horizons différents, qui ont traversé cette époque commune.

Premier extrait : le métier

Cette recherche est née d’une liste de questions simples, qui interrogent des sujets trop intimes pour être généralisés. À une époque régie par le «sauve qui peut», et avec une crise qui a marqué l’ensemble de la sphère socio-économique nationale, paralysant complètement l’activité professionnelle en raison d’une inflation brutale, les architectxs ont commencé à développer des bâtiments par eux-mêmes, sans aucune autre préparation formelle que leur propre volonté. Mais comment ont-ils appris à le faire, comment le fideicomiso leur a-t-il été présenté comme un outil pour faire face au néant? Les extraits des entretiens qui suivent mettent en évidence le caractère plus ductile de la discipline, qui, à son tour, s’unit et s’agence à l’aspect artisanal du métier. Pour beaucoup, une nouvelle connaissance a émergé - absente dans les institutions académiques et professionnelles - à partir de la vivacité ancestrale de l’échange oral, là où persiste encore le binôme classique enseignant et apprenti. Les histoires d’Ana Smud, Ana Rascovsky et Pablo Ferreiro établissent l’origine de tout cela, loin des livres, des salles de classe et du monde universitaire, en démontrant cette confiance, qui pour certains, ne peut exister qu’au sein de la famille.

Conversation par texto avec Ana Smud
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Martin Huberman, architecte et commissaire du programme CCA c/o Buenos Aires, échangeant des textos avec Ana Smud, architecte de El Estudio de arquitectura Ana Smud, le 25 août 2020

Ana Smud

MH:
OK, question suivante…
MH:
Quand as-tu entendu parler de fideicomiso pour la première fois??
AS:
Oh, je ne me souviens pas … mais ça fait longtemps.
MH:
Donnez-moi une date
AS:
Mes deux parents sont architectes et développent des projets
AS:
Je m’en souviens en tant qu’étudiante
AS:
Dans le premier projet de développement de mon père
AS:
Je ne me souviens pas de l’année
MH:
2004-2005?
AS:
Oui, probablement
MH:
Donc, la première fois que tu as entendu parler de fideicomiso, c’était à travers ton père?
AS:
Oui
MH:
Bien. Peux-tu dire s’il y a une partie de ça que tu as appris à l’université ou est-ce que tout ce savoir t’as été transféré de manière artisanale, comme le bouche à oreille …?
AS:
Je ne crois pas avoir appris quoi que ce soit à ce sujet à l’université


Ana Rascovsky

MH:
Combien d’unités avez-vous?
AR:
10
MH:
Combien de ces unités étaient destinées à de la famille ou à des connaissances directes?
AR:
1 pour nous. 1 pour Irène. 3 pour la famille. 2 pour un ami. 1 pour le partenaire développeur. Le reste nous les avons vendus plus tard
MH:
8 pour des connaissances et 2 à vendre
AR:
Oui
MH:
Sur ces 8, ils ont acheté pour y vivre ou comme investissement?
AR:
Le nôtre pour y vivre, 2 pour une amie, pour elle et sa fille. Le reste pour l’investissement. Mais tu sais au début c’est difficile de savoir pour sûr… par exemple mon frère pourrait finir par vivre dans l’unité de ma mère…
MH:
C’est clair. Y a-t-il une différence dans le design entre ceux destinés au logement et ceux destinés à l’investissement?
AR:
À Vilela, très peu. Parce que les propriétaires ont quand même demandé et donné leur avis et participé (mon beau-frère en a acheté 2, qui au début était une grande unité et il a demandé à les diviser). Tout le monde a participé. Le seul pour lequel il n’y a pas eu de participation était celui de mon oncle et ma tante en Espagne, parce qu’ils n’étaient pas là. Et c’est sorti un peu bâclé… finalement on l’a acheté (c’est mon studio maintenant).
AR:
C’était un événement familial, un sujet de discussion dominicale, etc.
AR:
Comparable à Simona, qui est née cette même année. Deux bébés.
MH:
J’aime ça, le bâtiment en tant que commune familiale.
MH:
Cela signifie-t-il que ceux qui étaient destinés à un client ont bénéficié du processus?
AR:
Sans aucun doute. L’œil du maître engraisse le bétail
MH:
Ha!
AR:
Oui. C’était comme ça.
AR:
Et pour les membres de la famille les plus proches, nous l’avons fait avec plus d’amour😊
MH:
Évidemment!


Pablo Ferreiro

MH:
Je pose la question parce que je me souviens avoir entendu parler du travail d’AFRA comme une conjonction entre la typologie et la structure financière. En tant que type de logement, les maisons superposées et un financement sous forme de fiducie. Je fais référence à la période d’après-crise de 2001. Vers 2005-2006, lorsque je quittais la faculté, vous avez réussi à avoir une certaine marque architecturale qui était autrefois très demandée. Peu d’agences ont réussi à faire cela.
PF:
Eh bien, c’est un peu ça dont je vous parlais au début. L’après 2001, la grande crise culturelle, sociale et économique de notre pays, a fait qu’on s’est retrouvés ici, sans penser à partir comme plusieurs, et face à la possibilité d’une reconstruction, avec l’avantage de ce qui a été capitalisé dans l’expérience de l’hyperinflation de 1989. Nous étions jeunes, nous le voulions et, avec cette petite expérience en plus, ajoutée à un rebond presque évident après avoir touché le fond, nous nous sommes retrouvés dans le scénario de construire sur une ville en pleine croissance, dans le nouvel anneau permis par les nouvelles autoroutes, en deux types d’opérations: les nouveaux quartiers de l’axe nord (logements unifamiliaux pour jeunes classes moyennes aisées, la possibilité de vivre dans leur propre logement en «nature»), et le stock de terrains mis à disposition grâce au déplacement d’anciens programmes de production traditionnels (crèches, usines, des étables liés à l’hippodrome de San Isidro). En raison de l’augmentation des loyers du terrain, ceux-ci se sont déplacés de 20 à 30 km plus loin, laissant un potentiel de terrain vacant de dimensions inhabituelles dans la logique du 8.66, où, du point de vue de l’architecture, nous avons réussi à réaliser une série de projets atypiques, avec de nouveaux types de logements groupés qui d’une part ont généré de nouveaux formats non envisagés puis incorporés dans le code de San Isidro, où ils y ont créé une sorte de marque, je crois que c’est à ça que tu fais référence.

Tous ceux qui étaient à l’agence, sommes devenus un peu experts des formats financiers, de la fiscalité, des modèles juridiques, et cela nous a rendus assez fiables, et nous avons été bénéficiaires de la confiance de nombreux petits (et pas si petits) épargnants qui ont financé chaque immeuble, et d’une certaine façon ils sont devenus développeurs, puisque nous travaillons sans cette figure: chaque investisseur était un développeur; et nous, bien que nous étions les référents, nous nous sommes réunis et en quelque sorte administrés, nous avons utilisé le format pour générer du travail et contrôler les projets du point de vue architectural, mais nous n’avions rien à voir avec la valeur ajoutée de la rente, si il y en avait une, qui était toujours laissée aux investisseurs.

Et comme je crois te l’avoir dit, bien que chaque membre du studio est devenu une sorte d’expert dans la multiplicité des dimensions impliquées dans la matérialisation d’un bâtiment (projet, construction, achats, comptabilité, impôts, banques, finances, économie, etc.), le soutien de ma sœur Liliana, économiste, a été très précieux pour comprendre les idées d’un investisseur d’autres ligues, pour qui dividendes et profits se mesurent dans le temps, et par rapport à d’autres investissements possibles, plus ou moins risquées. En d’autres termes, comprendre ou essayer de comprendre cette matrice mentale a été un outil très précieux pour savoir comment argumenter.
MH:
Ces épargnants/investisseurs étaient-ils membres de votre famille ou des connaissances directes?
PF:
C’était comme ça dans les deux ou trois premiers projets. Très vite, ce réseau s’est élargi, de manière très naturelle. Si je devais faire le calcul aujourd’hui, nous devrions être près de quarante projets de logements en grappes construits de cette façon, et de ces près de quarante, peut-être trois ou cinq ont été faits pour un seul client. Le reste était pour les gens qui nous ont fait confiance et qui nous ont permis de tester, vérifier, expérimenter et, finalement, ça nous a permis d’avoir beaucoup de liberté de conception pendant toutes ces années. Nous n’avons jamais réussi, dans ce genre d’autonomie, à être liés au système des promoteurs et des sociétés immobilières qui ont développé une bonne partie de ce qui a été construit au cours des trois dernières décennies. Nous n’existons pas dans cette ligue.
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