Des listes et des listes et . . .

Un essai de Michael Meredith
Chercher et raconter, août 2018

La plupart des choses que je lis qui sont écrites par des architectes ressemblent à une provocation creuse ou une forme quelconque de manipulation autopromotionnelle (surtout que ceci, surtout que cela). Par les temps qui courent, je préfère tout simplement les bâtiments et les dessins, regarder des images et des objets; un flou calculé et la beauté aux dépens de la clarté et de l’argumentation.

J’aime mieux les habitudes prosaïques d’une agence d’architecture plutôt que les récits hyperboliques des communiqués de presse. J’aime être assis au bureau et regarder d’autres bâtiments dans des livres, faire des esquisses et dresser des listes (celles-ci ayant plus rapport à la réalisation qu’à l’écriture). Je fais constamment des listes. Elles sont pratiques : elles me servent de moyen mnémotechnique. Elles n’ont pas à respecter d’étiquette littéraire ou de règles de grammaire. Les listes ne sont pas composées comme des récits; elles ne sont jamais complètes, mais aussi jamais incomplètes. Elles sont découpées et collées, personnelles, mais sans auteur.

Quand je dresse des listes, j’ai tendance à faire une seule longue liste plutôt que de nombreuses courtes. Elles sont écrites, supprimées et récrites constamment. Des listes de choses à faire, mais aussi des listes d’objets, d’épicerie, d’évènements, de dates de tombée, de livres à lire, de PDF à rassembler, de trucs au hasard à se rappeler, de vieux bâtiments à observer de plus près, de nouveaux à voir, d’expressions drôles qui semblent intéressantes à un moment donné, de titres potentiels pour des choses inconnues, d’images…

Voici présenté non corrigé – les listes sont toujours mieux non corrigées – un instantané d’une liste compilée à un moment quelconque en mars 2018 avant de me rendre au CCA pour explorer le fonds John Hejduk :

Autres titres possibles : « CollectionnéSélectionnéRévisé », « Relations relatives », « Peu importe », « Objet, épuisé », « Choses variées de tailles diverses »…
Drano, Clé à courroie, Échelle de 3 mètres
Retourner la commande McMaster, doubles
Réparer la porte
Kahn, Shapiro House (première proposition), Plan
Gehry, Wagner Residence
Siza, Fundação Iberê Camargo
Commander foret à métal 1/8 pour installer
Appeler Jim
Commander des stores
Œufs, framboises, basilic, thé
Finaliser proposition de maison, présentation semaine prochaine
Lire « There There »
Complexité et contradiction et maman
Vendre anciens écrans, Craigslist. 80 $/ch., il en reste 4
Téléavertisseur Samsung pour Alice
Helskini_render5_reject.jpeg, peut-être ok.
Regarder « Alone in the Wilderness » (YouTube)
Déchet no 1 3,00 $? 99 ¢?
Revoir Ep. 5 River Monsters, TV Guide
Camp d’architecture sacs à collation et couverture de secours
« Aesthetics of Indifference », envoyer pdf par courriel à Stan
Lumière digitale à DEL
Python 8.5
Réserver gîte animal de compagnie
Trouver hôtel
4 jours à Montréal, Hejduk (fonds d’archives du CCA), Écrire environ 1500 mots

Pour ceux qui n’y sont jamais allés, les archives du CCA (aussi appelées les réserves) sont en partie fantaisie, en partie bureaucratie; un entrepôt qui classe et catalogue les idées d’architectes, le tout proprement disposé dans des boites grises et des chemises en carton bulle. Elles pourraient être l’œuvre de Borges, filmée par Kubrick. C’est un lieu parfait pour étudier le travail de John Hejduk, qui est une sorte d’archive préarchivistique, une liste de choses, une collection de personnages, une grille d’idées; une réflexion sur l’identité, le langage et la structure. Les projets sont méticuleusement répertoriés et catalogués, pages remplies de mots répétés et redisposés. Dans l’ensemble des nombreux dossiers de dessins et d’esquisses, le travail démontre une qualité constamment répétitive, rythmique et poétique.

Extraits de mes notes au CCA, en désordre :

Je ne l’ai jamais vue auparavant…

John Hejduk. Plan pour Element House, 1968-1974. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0082:004

John Hejduk. Croquis et notes pour Element House, 1968-1974. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0082:001

A. Une collection de formes… 1 grand carré. Dans le grand carré, il y a un autre carré, un cercle et un losange (respectivement une cuisine, une cheminée et une baignoire/toilette). Toutes les formes ont la même taille, et toutes sont associées soit à un évent, soit à un conduit. Les formes des évents et des conduits correspondent à celles des objets auxquels ceux-ci sont rattachés.

B. « Mondrian ».

C. De type DeStijl ou Reitveld. Pas seulement des plans, mais des volumes. La salle de bain est de la même taille que la cheminée, la même taille que la cuisine. Rien ne se touche, ou du moins presque pas.

D. Le plan montre un carré épais, dont trois côtés sont noirs et un gris (le devant). Il encadre un losange rouge (foyer[CR3]), un carré jaune (cuisine) un cercle bleu (salle de bain). Face à chacun des éléments se trouve une ouverture dans le mur avoisinant. Une boîte blanche (entrée), qui ressemble à une porte disposée horizontalement, est à l’extérieur du cadre carré… Jeu avec le volume et la projection orthographique.

E. Le jeu est compositionnel, les éléments sont simultanément distanciés et rassemblés.

F. Les dessins semblent vieux, anciens. Ils ont une teinte sépia – peut-être des années 1920, peut-être un faux des débuts du modernisme.

G. 15 flèches. (La flèche d’entrée est différente, vide.)

H. Tout est annoté.

I. « C’est ça qui est ça »

J’ai passé trop de temps à considérer Hejduk à travers les sombres noirs, blancs et gris du Mask of Medusa. Les couleurs primaires sont frappantes, lumineuses et semblent étrangement contemporaines…

John Hejduk. Axonométrie de Bernstein House, 1968. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0064:021

John Hejduk. Élévation de Red-Yellow House A, 1968-1974. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0075:003

John Hejduk. Élévation de Red-Yellow House A, 1968-1974. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0075:001

A. Les formes (et les couleurs) sont les mêmes que pour Element House : carré, cercle, losange… rouge, bleu, jaune, gris, noir, blanc.

B. Le jeu est encore compositionnel. Les éléments sont légèrement décentrés, presque symétriques.

C. Les colonnes et les murs sont un dispositif à la fois structurel et compositionnel.

D. Les carrés se trouvent partout, à différentes échelles, pour peu qu’on les cherche.

Ce sont les débuts du travail de Hejduk comme je le connais, où l’architecture laisse voir une forme de conscience de soi. Son travail avant les Texas Houses ressemble à la production normale des diplômés de la GSD de Harvard à l’époque : quelque part entre Gropius et Breuer… et étonnamment professionnel.

John Hejduk. Esquisses annotées pour Texas Houses, 1954-1963. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0054:015

John Hejduk. Plan de Texas House 1, 1954-1963. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0047:003:001

John Hejduk. Plan de Texas House 2, 1954-1963. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0048:002:002

John Hejduk. Plan de Texas House 5 avec notes, 1954-1963. John Hejduk fonds, CCA. DR1998:0051:001

John Hejduk. Plan de Texas House 5, 1954-1963. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0051:017

A. Les dessins sont de nature fantomatique – des compositions quadrillées sur un échafaudage de lignes estompées.

B. Les jeux se font dans le plan.

C. Beaux dessins d’exécution qui sont une combinaison de dessin technique et à la main.

D. Dessinés sur papier vélin. (Probablement plus vendu maintenant; vérifier sur Amazon.)

E. No 5 (Préférée). Meilleurs espaces de vie, raffinée.

F. Mieux en plan qu’en élévation, je vais sans doute contrarier quelqu’un en disant cela.

G. Notes sur les esquisses, comme « Explosion », « Mondrian », « Composition », « Mozart », « Parfait/Symétrie-asymétrie, lignes centrales, carré diagonal en expansion, 5 carrés », « percée- Mies (illisible) » Il écrit percée de temps à autre sur ses dessins, ce qui me semble étrange, peut-être écrit après coup.

H. La couleur et le matériau semblent interchangeables d’une certaine façon.

I. Texas House 5, le mobilier est intégré et devient en quelque sorte l’élément critique de la composition architecturale. Belle collection de pâtés d’encre sur certains des dessins.

Je les vois habituellement surtout sur Internet… C’est intéressant de les voir en personne, sur des cartons de présentation défraîchis.

John Hejduk. Esquisse du plan de Diamond House A, 1963-1967. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0060:001

John Hejduk. Plan de Diamond House A, 1963-1967. Fonds John Hejduk, CCA, DR1998:0060:002:003

A. Un bon nombre des dessins sont sur des cartons pour affiche, comme s’ils étaient faits pour être exposés et non dans un but de construction. (Ils n’ont pas été dessinés pour être construits.)

B. La plupart des cartons sont carrés. Format non vertical ni horizontal, mais avec un cadre.

C. Convaincu que Hejduk a toujours été conscient de la façon dont son travail était formaté.

D. La structure, les cloisons et le mobilier sont à la fois autonomes et intégrés les uns aux autres.

E. Les formes ont décidément un aspect Le Corbusien, comme la peinture puriste.

F. La composition de ces maisons est encore plus basée sur le plan que la série Texas, les effets de rotation sont plus directs et exagérés.

G. Aucune tentative de faire une façade. Les plans sont empilés, l’un sur l’autre, pour produire un genre de brise-soleil, qui rappelle le Carpenter Center de Le Corbusier.

H. Le travail de Hejduk est toujours en processus de prise de conscience de soi.

J’aime ces maisons pour leur sophistication enfantine. Un mélange de dessins, de fragments.

John Hejduk. Esquisses de 1/4 House A, 1968-1974. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0069:004

John Hejduk. Plan de 1/4 House C, 1968-1974. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0071:010

John Hejduk. Plan de 1/4 House A, 1968-1974. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0069:010

John Hejduk. Esquisses de 3/4 House, 1968-1974. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0074:001:004

John Hejduk. Croquis pour 3/4 House, 1968-1974. Fonds John Hedjuk, CCA. DR1998:0074:001:002

A. Le travail et le jeu deviennent à la fois plus bêtes et plus sophistiqués, d’une certaine manière.

B. Ça rappelle Georges Perec qui a écrit un roman sans utiliser la lettre E. ¾ House, ½ House, ¼ House… toutes n’utilisant que des fragments, des fractions de formes platoniciennes.

C. La séquence se fait plus atténuée, avec plus de rampes…

D. Tout s’éloigne de plus en plus, il n’y a plus de cadre carré pour tenir les compositions.

E. Un assemblage de volumes.

Ces projets de Hejduk ont toujours été mes préférés, même quand j’étais étudiant… Un ami qui a travaillé pour Hejduk m’a dit que ce dernier demandait à des personnes de prendre un détail de Mies, Corb ou de quelqu’un d’autre et de le dessiner sans trop appuyer. Hejduk dessinait ensuite sur ce tracé, en le transformant.

John Hejduk. Collage du plan d’ensemble de Wall House, 1968-1974. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0081:043

John Hejduk. Esquisses et annotations pour Wall House, 1968-1974. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0081:035

John Hejduk. Esquisses et annotations pour for Wall House, 1968-1974. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0081:031

John Hejduk. Plan avec esquisses de Wall House 3, 1968-1974. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0079:002:005

A. Des plans deviennent des élévations et des coupes; le cadre carré du plan se change en mur.

B. Ces maisons ont quelque chose d’un peu tragique. Toutes les pièces et les formes semblent plus isolées, plus détachées que dans les maisons antérieures.

C. Les couleurs s’éloignent des primaires. Il y a maintenant des roses, des gris, des bruns, des verts…

D. Les pièces et les formes sont juste placées là, comme des items dans une liste physique – l’une après l’autre, une nature morte de pièces et d’éléments architecturaux.

E. « Percée - frais, très frais » « État total »

Bon titre pour une maison. Seulement deux esquisses, d’après ce que je peux voir.

John Hejduk. Notes et esquisses pour 1/4 House A, montrant Ambiguity House, 1968-1974. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0069:003

John Hejduk. Esquisse du plan d’ensemble d’Ambiguity House, 1968-1974. Fonds John Hejduk, CCA. DR1998:0066:001

A. Le dessin ressemble à un paysage, un genre de terrain de golf miniature, pittoresque.

B. Les choses semblent changer pour Hejduk. Ici, les techniques formelles deviennent plus ambiguës.

C. Le cercle rouge est encore là (un foyer, peut-être), mais les éléments sont moins définis et ne sont pas disposés à côté d’autres parties pour produire une composition.

D. On dirait des choses différentes reliées les unes aux autres, des éléments Miesiens et Corbusiens fusionnés pour donner plutôt une seule surface plastique, habitée comme un long corridor ou une paille.

E. Si le travail de départ est fait de compositions encadrées, d’abstraction picturale, de nombreuses maisons plus récentes s’éloignent de ça, devenant des objets, des volumes assemblés flottant dans l’espace sans leur cadre.

F. Une partie de ce qui rend si intime l’expérience d’un fonds d’archives, ce sont les pensées/fragments dispersés sur les pages, comme « La réalité de l’architecture sera toujours moindre que son image ou sa représentation; la question est de savoir comment la rapprocher le plus possible de sa représentation. Le problème avec la photographie d’architecture est de la ramener à son image ou sa représentation » « Cinémagraphique » « Le film traite de la réalité de l’espace et du mouvement, ainsi que de la lumière, de la couleur, du son, l’odeur n’est nulle part en architecture. » « Comment faire pour que l’architecture ressemble au cinéma; est-ce possible. » « Je comprends maintenant le concept de superposition » « Le problème d’un zoom en architecture relatif à un panorama. » « Détruire la réalité de l’architecture - les besoins mis dans un état vraiment figuratif que l’on rejette. » « Ce qu’est l’architecture figurative » « Composer avec des objets trouvés en architecture »

L’expérience d’un fonds d’archives – la vie de quelqu’un, soigneusement classée – est à la fois terne et élégiaque. Entouré par le travail de Hejduk, je suis devenu obsédé par les listes. Hejduk a fait des pages et des pages de listes. Elles ont structuré son corpus d’œuvres en phases, cataloguant des éléments individuels. Dans le livre de 1975, Five Architects, Hejduk décrit son travail par une liste de mots :

Museum of Modern Art, Five architects: Eisenman, Graves, Gwathmey, Hejduk, Meier (New York: Oxford University Press, 1975), 86-87.

Museum of Modern Art, Five architects: Eisenman, Graves, Gwathmey, Hejduk, Meier (New York: Oxford University Press, 1975), 102-103.

House 10, 1966
Idée-Concept:
Extension horizontale
Hypoténuse
Figure de trois quarts
Point-Ligne-Plan-Volume
Bio-morphique - Bio-technique
Structure
Temps
Projection

One-half House, 1966
Idée-Concept:
Un demi-carré
Un demi-cercle
Un demi-losange

Les listes ne sont presque rien, comme l’écriture d’un enfant. Ni entièrement poésie, ni complètement prose; ni art ni vie, mais les deux en quelque sorte – une collection de parties, claire et ambiguë, intéressante et banale. Il existe une sorte d‘indifférence objective dans leur technique et, perversement, quelque chose de profondément humain et personnel. On peut voir cela à l’œuvre dans l’ensemble du travail de Hejduk et sa description. Prenons par exemple son Énoncé de 1980, hilarant, brillant et inattendu en même temps :

John Hejduk. Énoncé pour une exposition, 22 janvier-16 février, 1980. John Hejduk fonds, CCA. ARCH401011

Exposition John Hejduk 22 janvier–16 février 1980

Énoncé, John Hejduk

À l’automne 1954, j’ai conçu le plan de faire dix projets de maisons sur dix ans. L’étude devait être une investigation. Une investigation parmi les générateurs de forme architecturale. Au cœur du sujet, précision et détail. En 1963, l’investigation des neuf carrés était terminée; cinq maisons finies, deux maisons en voie de l’être. C’était une question de développement d’une méthodologie et d’une construction.
Les structures étaient des colonnes et des poutres. Ainsi que des piliers, et des murs et des dalles.
Les matériaux étaient l’acier, le verre, le béton et le bois; la maçonnerie et le plâtre aussi.
Les projets ont été dessinés sur papier vélin Albanene no 197, ou était-ce no 194? Les crayons étaient des mines de 6H à H encastrées dans du bois. Une gomme à effacer a été utilisée, du type savon, mais peu souvent.
Les températures de l’air variaient de 110 degrés Fahrenheit à environ 55 degrés Fahrenheit.
Le travail a été simplement mené dans une atmosphère désintéressée, qui était très sèche.

Après avoir passé des jours à consulter dossiers après dossier, ce qui semblait urgent à propos de son travail c’était de trouver la personne qui en ressortait, dans un corpus d’œuvres. Hejduk est le contraire du professionnalisme d’affaires, ou du rationalisme mécanique. Il est un architecte qui pense – avec faux départs, culs-de-sac, désirs, balbutiements, bégaiements, expériences et inventions brillantes. Aujourd’hui, il y a tant de personnes qui aspirent à ouvrir une agence entrepreneuriale, à connaître instantanément le succès commercial ou à devenir célèbres sur Internet et Instagram. Hejduk représente le contraire de tout cela. Il regardait autant l’intérieur que l’extérieur. Il souhaitait plus trouver du sens. Et j’ai l’impression de le connaître en partie à travers son travail. Je suis certain qu’il recherchait le succès, qu’il cherchait à avoir des idées importantes et qu’il voulait être au niveau de ceux qu’il admirait. Mais il était architecte, artiste et poète en étant lui-même – même, ou particulièrement quand il était précieux, disciplinaire et formel sur le plan de l’architecture.

Comme je devenais de plus en plus obsédé par les listes et leur écriture, j’ai fait des recherches sur Google. J’ai posé des questions à des amis et à des historiens. Je n’ai pas trouvé de texte de référence sur la technique des listes en art ou en architecture, j’ai donc compilé une courte bibliographie à partir de diverses recommandations. Les listes sont une composante de l’art conceptuel, de l’art administratif, de la sérialité, du positivisme, de l’art mathématique, de la littérature et de l’art d’après la Seconde Guerre mondiale. Le format reflète néanmoins une dimension urgente et contemporaine. Les listes correspondent à la manière dont nous communiquons à travers des fragments, comment nous codifions, comment nous planifions les choses, comment nous… Chaque fois que je vois des listes en art, elles sont ou positives ou absurdes. Ou les deux. Elles recueillent et désassemblent simultanément. Elles traitent le langage comme une matière physique, un empilement de mots. Elles ont une capacité d’épuisement.

Une courte bibliographie (rapidement compilée) :

Robert Smithson et son obsession pour les jeux de langage, les jeux de mots « MD Rx », de Robert Morris

Sur le travail de Kawara

La description par Adorno de la parataxe dans la poésie de Holderlin

Le travail de Georges Perec (pensons à La vie mode d’emploi ou Tentative d’épuisement d’un lieu parisien ou Je me souviens) qui, depuis ma visite au CCA, est devenu l’un de mes écrivains préférés (je ne pourrai sans doute jamais penser à Hejduk sans penser à Perec)

Le roi pâle, de David Foster Wallace

Les œuvres textuelles de Carl Andre

Les Instructions, de Sol Lewitt

La Verb List, de Richard Serra (1967–1968)

Les Statements, de Lawrence Weiner (d’autres instructions)

« The Last Words Are Andy Warhol », de Lynne Tillman

Des partitions d’événements par George Brecht, Yoko Ono, La Monte Young (de Liz Kotz, voir aussi ce PDF, en anglais)

Précisément Three Chair Events, de George Brecht

Homes for America, Schema (March 1966), March 31, 1966, de Dan Graham (tellement)

Types of Quasi Intention, de Terry Atkinson et Michael Baldwin

Le livre sur le langage de Liz Kotz, Words To Be Looked At

Finalement, il est temps de quitter le CCA. Il est impossible de savoir jusqu’où on ira quand on commence à fouiller, et on a trouvé dans les réserves une vieille bande cassette étiquetée « Hejduk » au contenu inconnu. Par curiosité, j’ai demandé au CCA qu’elle soit numérisée, et quelques semaines plus tard j’ai reçu un hyperlien. Il s’agissait d’une conversation étrange et brillante entre Peter Eisenman et John Hejduk. Je l’ai écoutée à quelques reprises, et c’est ce que j’entends quand j’écris ces mots. J’espère que le CCA va la mettre en ligne. La conversation est remarquablement bizarre, comme si on surprenait un appel téléphonique entre deux bons amis qui parlent d’idées, qui ne s’entendent pas toujours et qui se taquinent. Incomplet, l’enregistrement s’arrête abruptement après une heure. Mais en écoutant, il devient clair que les deux architectes vivent dans un monde d’idées et de culture – un monde auquel ils cherchent à contribuer. Pour le meilleur ou pour le pire, ce monde (le leur) est le monde des listes : des idées, de l’histoire, des bibliographies, des archives.

Pages doubles du livre de Georges Perec, Espèces d’espaces (Paris: Galilee 2000).

Michael Meredith était en résidence au CCA en mars 2018 dans le cadre de Chercher et raconter, un programme qui encourage de nouvelles lectures de la collection du CCA soulignant divers aspects de la pertinence intellectuelle actuelle de celle-ci.

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