1
1
En

La collection de photographies

La photographie constitue un aspect important de la culture architecturale. Les images de notre collection permettent d’explorer la complexité de la représentation photographique de l’architecture, de la ville et de l’aménagement des paysages, ainsi que de ses intentions et ses usages dans divers contextes. La collection comprend des images isolées et des ensembles – albums, portfolios – comparables à d’autres documents d’archives tels que dessins, estampes et textes. Récemment, la collection s’est enrichie de vidéos et d’images numériques grand format.

Amorcée en 1974, avant la création officielle du CCA, la collection rassemble maintenant plus de 60 000 images produites entre 1839, époque où est inventée la photographie, et aujourd’hui. Parmi elles se trouvent des séries commandées par le CCA à des artistes, qui proposent ainsi une lecture unique de lieux et de bâtiments souvent inclus dans des recherches plus vastes ou des programmes d’exposition.

La collection comprend d’importantes œuvres réalisées dans les premières décennies qui ont suivi l’invention de la photographie, dont une collection exceptionnelle de daguerréotypes, ainsi que des fonds d’artistes proéminents actifs aux États-Unis, en France, en Grèce, en Italie, au Moyen-Orient et en Asie durant le XIXe siècle. L’une des priorités a consisté à établir des fonds de photographes majeurs, dont Roger Fenton, Thomas Keith, Edouard Baldus, Robert Macpherson et Felice Beato. Plusieurs ensembles d’œuvres marquantes ont été commandés pour documenter l’aménagement urbain, le génie civil, le développement des chemins de fer et la construction des emplacements, ou incluent des albums et des vues topographiques produites en série.

La photographie expérimentale et les mouvements d’avant-garde du XXe siècle offre un grand potentiel de recherche. J.J.P. Oud, Gunnar Asplund, Mart Stam, Le Corbusier, Frank Lloyd Wright, Mies van der Rohe, Albert Kahn, Carlo Scarpa et Tadao Ando sont les mieux représentés par des photographies de projets, de maquettes et de bâtiments construits par des firmes ou des architectes modernes de réputation internationale.

La collection de photographies contemporaines attache une grande importance à la création photographique qui adopte une attitude éclairée par rapport à l’architecture. On a réunit un important corpus sur les travaux de Lee Friedlander, de Bern et Hilla Becher, de Richard Pare, de Geoffrey James, de Robert Burley et de Guido Guidi, qui témoigne de leur engagement durable envers l’environnement bâti.

Le CCA a aussi lancé des commandes photographiques afin d’appuyer la création contemporaine et les enquêtes thématiques qui conjuguent pensée critique et architecture. Ces projets incluent notamment Court House: A Photographic Document (1974-1976), The Louisiana World Exposition in New Orleans (œuvres de Catherine Wagner, 1984), Frederick Law Olmsted en perspective : Photographies de Robert Burley, Lee Friedlander et Geoffrey James (1996), la série Tangente (œuvres d’Alain Paiement, Dieter Appelt, Victor Burgin, Naoya Hatakeyama, 2002-2007), Les années 60 : Montréal voit grand (œuvres d’Olivo Barbieri, 2004-2005), et plus récemment, la mission photographique en vue de Casablanca Chandigarh : Bilans d’une modernisation (œuvres de Takashi Homma et d’Yto Barrada, 2013).

Aperçu chronologique

Les daguerréotypes

Les daguerréotypes constituent les premières images permanentes réalisées à partir d’un appareil photographique; chaque image est unique en raison des particularités propres à cette technique. Dès l’origine de la photographie, des publications ont reproduit des gravures et des lithographies réalisées à partir des premiers daguerréotypes, aujourd’hui disparus. La collection possède des exemplaires de ces importantes publications (dont les Excursions Daguérriennes de N.-P. Lerebours, 1841-1842), qui permettaient pour la première fois de diffuser en série des images représentant des monuments et des lieux du monde entier.

Les daguerréotypes, qui se caractérisent par une grande netteté, ont majoritairement été employés pour réaliser des portraits. À cet égard, la collection de daguerréotypes du CCA se distingue par le nombre et la qualité de ses œuvres représentant des sujets architecturaux (72 pièces). Parmi ces pièces exceptionnelles figurent la vue des Propylées et de la ville d’Athènes prise par le baron Gros en 1852 ainsi qu’un ensemble remarquable de vues de Paris datant des années 1840, produites entre autres par Victor Chevalier, Breton Frères, Alphonse Poitevin et Charles Nègre. Un daguerréotype américain du cimetière de la King’s Chapel à Boston, réalisé par Samuel Bemis en 1840-1841, compte également parmi ces œuvres uniques. D’autres images mémorables ont aussi été produites ailleurs aux États-Unis, ainsi qu’au Brésil, en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne, en Égypte et en Italie.

De 1840 à 1860

La plus grande partie de la collection consiste en œuvres du XIXe siècle, dont des pièces majeures issues des quatre premières décennies de l’histoire de la photographie. Ces années de formation et cette période exploratoire, durant lesquelles les traditions et les conventions de la photographie ont été créées et ses applications, diversifiées, se définissent par une grande créativité. Le Royaume-Uni, la France, l’Égypte et l’Italie sont les régions les mieux documentées au sein de cette période.

Le Royaume-Uni

William Henry Fox Talbot, inventeur du procédé négatif-positif à l’origine de la photographie moderne et dont l’œuvre a influencé toute une génération de praticiens, est représenté dans la collection par 46 pièces, notamment par un des très rares exemplaires de Sun Pictures in Scotland (publication de 1845 comprenant 23 photographies originales). Les documents britanniques incluent également de beaux tirages des vues d’Écosse prises par Hill et Adamson au début des années 1840 ainsi qu’un des plus riches corpus muséologiques d’œuvres de Roger Fenton (75 pièces) portant principalement sur les abbayes et les cathédrales de Grande-Bretagne à la fin des années 1850. La collection possède également des pièces inédites d’amateurs érudits ayant développé une approche d’une grande sensibilité. Parmi eux se classent Robert Cheney; Alfred Capel-Cure qui produisit, vers 1850, un album de 232 vues d’architecture et de paysage sur l’Angleterre, l’Écosse, le pays de Galles et la France; et Thomas Keith, avec un album rare de 100 épreuves. Principalement axé sur l’architecture patrimoniale d’Édimbourg et des villes environnantes vers 1854-1857, cet album comprend quelques photographies de ses contemporains John Forbes White et William Walker. L’acquisition de cet ouvrage en 1993 a établi le CCA comme l’un des plus importants dépositaires de l’œuvre de Keith à l’extérieur de l’Écosse.

La France

Édouard Baldus, qui participa à de nombreux inventaires photographiques commandés par des organismes gouvernementaux et privés, est le photographe le mieux représenté de cette période, avec un corpus d’environ 800 images qui couvre tous les genres significatifs de sa production : architecture, grands travaux et paysage. La collection comprend, parmi les autres maîtres de cette génération (choisis par la Commission des Monuments historiques de France pour participer au premier recensement photographique architectural en 1851), Gustave Le Gray, avec un ensemble de 18 photographies; et Henri Le Secq, avec deux albums de photolithographies sur les cathédrales de Chartres et de Reims (négatifs datant des années 1850). Nous avons aussi recueilli, de Bisson frères, reconnus pour leurs vues d’architecture grand format, 105 photographies et 3 albums dont un portfolio sur les travaux de restauration de Notre-Dame de Paris par Viollet-le-Duc publié en 1853; de Charles Nègre, 46 photographies, 2 portfolios et 1 album, principalement sur l’architecture du Midi, de Paris et de ses environs; de Charles Marville, qui fut au service de plusieurs architectes et dont l’œuvre restera liée aux aménagements et aux grandes transformations de la capitale française, 92 photographies et un album.

La Grèce

Dès la naissance de ce nouvel art, plusieurs photographes s’emploient à traduire la fascination exercée par les civilisations anciennes et les lieux chargés d’histoire. Parmi eux, le Britannique George Bridges laisse, à la suite de son ambitieux périple en Méditerranée (1846-1852), un projet de publication inédit sur Athènes (66 images, parmi les plus anciennes que l’on connaisse sur la ville), dont le CCA possède l’exemplaire ayant servi de maquette. Nous avons aussi collectionné les œuvres sur la Grèce antique de D. Constantin (un album et 30 photographies datant des années 1860), de Petros Moraites (3 albums dont un regroupant 187 photographies en collaboration avec Pascal Sébah), de James Robertson (un album) et de William James Stillman (33 photographies). Nous possédons également une pièce de Jean Walther qui date des débuts des années 1850.

L’Italie

Le travail de Robert Macpherson, principalement centré sur la Rome des monuments classiques, des ruines antiques et des vues topographiques (environ 200 pièces), a été collectionné avec la même approche que pour Fenton et Baldus, c’est-à-dire pour établir un large corpus permettant d’étudier en profondeur la démarche du photographe. Les documents italiens sur Rome sont nombreux et offrent plusieurs points de comparaison entre les différents photographes (tels que le comte Frédéric A. Flachéron, Eugène Constant, Pompeo Bondini, Altobelli et Molins, Tommaso Cuccioni, Adolphe Braun). Il existe aussi une étude photographique sur des villas et des jardins des environs de Rome par Eugenio Chauffourier. Venise est également bien représentée par différentes interprétations de photographes italiens et étrangers (Domenico Bresolin, Antonio Perini, Carlo Ponti, Carlo Naya, Léon Gérard, Bisson frères, August Lorent et John Thomson, par exemple). La collection comprend aussi des œuvres importantes sur Pompéi attribuées à Giacomo Caneva, de Calvert Jones qui a réalisé des panoramas de Naples vers 1846, un album luxueux sur Florence, Sienne et Pise produit par les frères Alinari au début de leur carrière, vers 1855, et un album de 363 photographies montrant l’église Santa Maria dei Miracoli et l’hôtel de ville de Brescia réalisé par Giacomo Rossetti vers 1873.

L’Espagne

La figure dominante est Charles Clifford, photographe au service de la reine Isabelle II, bien représenté avec 33 photographies et 3 albums sur les villes, l’architecture civile et religieuse. La collection réunit aussi des photographies des années 1840 et du début des années 1850 de Claudius Galen Wheelhouse, Louis-Alphonse Davanne, Charles Soulier et A. Clouzard, ainsi que des albums de Bisson frères sur les ornements arabes de l’Alhambra (vers 1853), de Gustave de Beaucorps sur l’architecture monumentale en Espagne, d’Eugène Sevaistre (Souvenirs Stéréoscopiques, vers 1860) et de Pedro Martines de Hebert sur Salamanque (1862). Juan Laurent est aussi bien représenté avec 30 épreuves individuelles et 4 albums datant des années 1860 à 1880.

Le Moyen-Orient

Cette région a également constitué un secteur d’activité très important, à l’époque où les grands photographes archéologues sillonnaient ces contrées à la recherche d’images photographiques sur les monuments antiques et les sites architecturaux. La collection possède plusieurs de ces albums de voyage et d’exploration, parmi lesquels un ensemble majeur de Louis De Clercq (six albums sur l’Orient totalisant 222 photographies, 1859-1860) ainsi qu’un exemplaire d’Égypte, de Nubie, de Palestine et de Syrie, de Maxime du Camp, qui comprend 125 photographies d’une grande qualité et que l’on considère comme la première publication française illustrée (1852). Il y a aussi d’importantes épreuves individuelles de Félix Teynard, John Beasley Greene, Auguste Salzmann, Francis Frith et Félix Bonfils.

L’Asie

La documentation sur l’Asie – autre point fort de la collection, moins bien connue mais qui fascine tout autant – présente la vision de photographes au service de l’armée britannique à l’époque de la suprématie économique et militaire de l’empire. Ces documents (environ 1 500 images) servaient à répertorier les monuments archéologiques du pays afin d’aider à faire des recommandations pour leur préservation; ils complétaient les plans et dessins habituels. Les albums Architecture at Beejapoor et Architecture in Dharwar and Mysore (négatifs réalisés entre 1855 et 1857), qui comprennent quelque 178 photographies de Thomas Biggs, de W.H. Pigou, du major Loch et de A.L.B. Neill, ainsi que The Pagoda of Hallibeed de Richard Oakeley (1859), sont parmi les exemples les plus beaux et les plus anciens. Mentionnons d’autre part l’acquisition d’un album remarquable de 48 épreuves, Photographies de l’Inde anglaise, réalisé vers 1849-1850 par le baron Alexis de Lagrange, qui fut l’un des premiers à photographier les sites et monuments de l’Inde. La collection possède aussi des œuvres importantes (négatifs et tirages) de John Murray à Agra ainsi qu’un ensemble exceptionnel de 45 tirages, de six albums de grand format et d’un rare panorama composé de 21photographies, produit par Linnaeus Tripe au milieu des années 1850; celui-ci a documenté les sites archéologiques de Birmanie et de l’état de Madras (sud de l’Inde). La collection possède également un autre riche volet sur l’Asie, qui traite du travail de photographes ayant couvert les campagnes militaires et dont Felice Beato est le principal représentant. Avec son partenaire James Robertson, établi à Constantinople et dont nous possédons une cinquantaine d’épreuves, il a photographié Malte, la Palestine, la Grèce et les désastres de la guerre de Crimée en 1855 à Sébastopol (sujet traité également par les Français Durand-Brager et Lassimonne). Beato a aussi assuré le reportage faisant suite à la mutinerie de Lucknow en 1858 (album exceptionnel dont le CCA possède un exemplaire annoté unique), il a couvert la seconde guerre de l’opium en Chine en 1860 et a poursuivi sa carrière au Japon durant la même décennie. Nous possédons une soixantaine de photographies et cinq albums de cet artiste majeur, qui fut l’un des premiers photographes à donner aux Européens une vue sur des cultures et des peuples peu connus.

L’Amérique du Nord

Les œuvres de cette période comprennent entre autres le portfolio Cités et Ruines Américaines du Français Désiré Charnay (publié en 1862 avec un texte de Viollet-le-Duc), l’une des premières interprétations photographiques d’un site archéologique du Mexique. La plupart des documents de cette période traitent de l’architecture vernaculaire et célèbrent l’expansion du territoire et le développement urbain à partir d’une vision rationnelle et directe, telle cette séquence de 30 photographies que Lewis Emory Walker a consacré aux travaux d’agrandissement de l’immeuble du Trésor à Washington entre 1857 et 1867, ou cet album de 33 vues de San Francisco réalisé par George Fardon en 1856, considéré comme la première publication avec photographies parue aux États-Unis. Il y a également une section sur les œuvres produites par les photographes officiels de l’armée lors de la guerre de Sécession, tel George Barnard qui suivit les traces du général Sherman et qui publia ses photographies en 1866.

De 1870 à 1910

Cette période correspond au temps où les bases de la photographie sont jetées et l’ère des pionniers, révolue. La plupart des praticiens individuels des débuts ont abandonné cette technique, et les grands studios commerciaux prennent la relève. Certaines tendances se dégagent, parmi lesquelles celle qui s’attache à décrire le sort des villes et le délabrement urbain, intérêt nouveau qui privilégie les aspects vernaculaires et sociaux au détriment du caractère monumental caractéristique des années précédentes. Sur ce point, les œuvres les plus importantes dans la collection sont celles de Thomas Annan, qui reçoit des autorités municipales de Glasgow la commande de documenter les secteurs insalubres de la ville sur le point d’être rasés pour améliorer les conditions de vie des habitants. Ces vues, réalisées à partir de 1866 et publiées sous différentes formes au cours des années (le CCA en possède un des plus grands ensembles), demeurent un puissant constat visuel qui dépasse le simple reportage. En Allemagne, on demande à Georg Koppman de produire une documentation détaillée de la ville de Hambourg, commande dont le CCA possède 165 épreuves datant principalement des années 1880. Adolphe Terris réalise également en 1862-1863 une série traitant du réaménagement de la ville de Marseille, documentant la vieille ville et les anciennes rues appelées à disparaître. La collection possède plusieurs autres exemples de ces projets de planification urbaine à grande échelle et de réaménagement.

Un autre sujet de prédilection de cette période porte sur la documentation des travaux de génie civil novateurs en matière de structures et de méthodes de construction. Les ponts représentent certainement un des thèmes les plus abondamment traités. À ce sujet, la collection du CCA regroupe un ensemble des plus complets (photographies, albums, rapports, manuscrits, dessins, imprimés) sur la construction du pont sur le Forth en Écosse, un pont ferroviaire en acier ouvert au public en 1890, classé comme l’une des réalisations techniques et industrielles les plus audacieuses et spectaculaires de l’époque. Le potentiel de la photographie s’est également trouvé magnifiquement exploité avec l’essor du chemin de fer et les nouveaux itinéraires de lignes ferroviaires qui ont pris une expansion phénoménale, particulièrement sous le Second Empire en France. Parmi les tout premiers et plus beaux exemples de ces inventaires photographiques figurent deux albums majeurs de Baldus (Chemins de fer du Nord : Ligne de Paris à Boulogne et Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, respectivement publiés en 1855 et en 1861). Parmi les autres photographes qui ont abordé le genre avec créativité, mentionnons les Auguste-Hippolyte Collard, Alphonse Terpereau (qui a travaillé avec l’agence de Gustave Eiffel), et J. Duclos dans les années 1870. Il existe aussi un ensemble très important de cinq volumes intitulé Les Travaux publics de la France, paru en 1883, consacré à l’histoire des grands travaux français.

L’un des studios les plus importants de l’époque, spécialisé dans la documentation photographique de chantiers de construction, est celui de Delmaet et de Durandelle, qui a produit des images de l’Opéra prises par Charles Garnier (114 photographies portant sur les sculptures et l’ornementation du bâtiment), de la tour Eiffel en 1888 et de la basilique du Sacré-Cœur. De ce projet sur Montmartre, 165 épreuves réalisées entre 1879 et 1890 ont fait l’objet d’un album de travail remarquable et unique (probablement compilé par Hubert Rohault de Fleury), dont plusieurs tirages portent encore la trace des modifications qui y ont été apportées avant de les graver. Le CCA possède en outre un riche éventail d’œuvres photographiques reproduites au fil du temps sous forme de gravures ou par procédés photomécaniques dans une variété de publications.

La fin du siècle voit aussi naître la production massive d’albums souvenirs et de livres illustrés destinés aux touristes, dont le CCA a acquis plusieurs exemples. Un grand nombre de studios commerciaux (tels que Francis Frith and Co. et Valentine and Sons en Grande-Bretagne, A. Braun en France et les firmes C. Naya, G. Sommer et Alinari en Italie) produisent et publient des vues topographiques grand format qui portent sur les monuments importants et les bâtiments publics, églises, ponts, boulevards, places publiques et scènes de rues.

En Amérique, le développement de la photographie correspond à celui de la conquête et de l’exploration des territoires de l’Ouest : vision nouvelle et monumentale traduisant les aspects héroïques et fantastiques de la nature. L’un des plus grands représentants de cette génération, Carleton Watkins, s’est spécialisé dans la photographie de lieux et de paysages d’une grande force évocatrice. Ajoutés à un ensemble de 118 épreuves, deux somptueux albums comprenant 60 tirages grand format documentent le domaine de Thurlow Lodge, à Menlo Park, en Californie, que Watkins a réalisé à la suite d’une commande, entre 1872 et 1874. Au nombre des autres photographes de cette période représentés dans la collection, il faut citer Timothy O’Sullivan qui a pris part à plusieurs expéditions géologiques à partir de 1867, Eadweard Muybridge, dont le CCA possède un panorama exceptionnel de 360 degrés de la ville de San Francisco, composé de 13 épreuves grand format et réalisé en 1878, des œuvres de William Henry Jackson, de John Hillers, d’Edward S. Curtis et de William Rau qui, à l’emploi de compagnies de chemins de fer, a produit dans les années 1890 des photographies de grande qualité visant à promouvoir ces itinéraires.

Signalons les photographies et albums collectionnés par des architectes durant ces décennies (par exemple, cet ensemble de six albums de plus de 1 000 photographies amassées par l’architecte et historien John Johnson vers 1875, ces deux albums compilés par Edward Backhouse en 1877 et cette collection de 111 photographies assemblée par William Butterfield à la fin du XIXe siècle), documentation qui nous donne la possibilité d’étudier les goûts, les influences et les valeurs de ces praticiens à leur époque en lien avec leur pensée architecturale.

La collection comprend aussi environ 4 000 photographies anonymes (principalement de cette partie du XIXe siècle) qui traitent majoritairement des usages vernaculaires de la photographie d’architecture dans différents pays.

De 1910 à 1945

Faisant suite aux essais photographiques des pictorialistes au début du siècle (représentés dans la collection par des oeuvres de Karl Struss, Drahomir Joseph Ruszicka, Clara Sipprell, par exemple), on assiste à une importante rupture qui bouleverse définitivement les schémas du passé et fait basculer la photographie dans le XXe siècle. Deux figures importantes se distinguent alors : Frederick Evans qui a laissé un important corpus d’oeuvres portant principalement sur des intérieurs et détails architecturaux de cathédrales de Grande-Bretagne et de France, dont un album très intéressant de 95 photographies effectuées vers 1902 sur l’intérieur du chapitre de York Minster ainsi qu’une collection de 704 lanternes magiques sur verre. Eugène Atget, un photographe qui appartient à une certaine tradition du XIXe siècle tout en étant un des artistes les plus significatifs de la modernité en France, s’est attaché à documenter Paris et sa région immédiate. Il est représenté dans la collection par un corpus de 80 photographies sur l’architecture, les parcs et les jardins.

La photographie expérimentale et les mouvements d’avant-garde constituent une large part de la collection, avec un important corpus d’œuvres de l’époque glorieuse en Allemagne, les années 1920 à 1940. Outre les photos de Lazlo Moholy-Nagy, nous possédons des ensembles significatifs d’Albert Renger-Patzsch, qui a photographié des églises, des bâtiments industriels et des édifices urbains contemporains, et de Werner Mantz, qui a travaillé pour des architectes d’abord à Cologne, puis dans les Pays-Bas, et qui a réalisé des vues de bâtiments industriels et commerciaux ainsi que des complexes urbains contemporains. August Sander est représenté par un ensemble de portfolios portant sur Cologne avant la guerre et après la destruction de la ville par les bombardements des alliés. Il y a également un ensemble de photographies de divers artistes sur l’architecture, l’enseignement et les productions du Bauhaus; une importante série réalisée par Lucia Moholy en 1926 porte sur les bâtiments de Walter Gropius à Dessau. Les figures dominantes en U.R.S.S. dont nous possédons des œuvres sont Alexander Rodtchenko et El Lissitzky. Soulignons l’acquisition récente d’un important corpus de 2 000 pièces sur l’avant-garde russe, dont quelques 500 photographies documentent les travaux d’étudiants des Vhutemas. Bill Brandt est le seul photographe d’importance pour cette période en Grande-Bretagne. Les pays de l’Est sont représentés aussi par Josef Sudek (un corpus de 33 œuvres qui couvre l’ensemble de sa carrière) et Jaromir Funke.

Aux États-Unis, cette période est très importante et la ville de New York est au centre de « l’américanisme » dont l’influence se répand et touche plusieurs pays d’Europe. De nombreux photographes ont interprété le nouveau modernisme de l’architecture et expérimenté différentes approches. Les figures marquantes sont Alfred Stieglitz, Edward Steichen, Charles Sheeler, Alvin Langdon Coburn, Paul Strand (Wall Street, 1915) et Walker Evans, avec un corpus de 50 photographies, dont un groupe remarquable sur ses recherches formalistes réalisé en début de carrière à New York en 1928. Les ensembles les plus volumineux comprennent les photographies de Berenice Abbott (plus de 200 photographies sur l’architecture emblématique de New York, principalement dans les années 1930) et celles de Samuel Gottscho (290 épreuves) qui, au service d’entrepreneurs en construction de New York, s’est attaché à photographier la ville comme centre d’activités commerciales et industrielles à cette époque.

Autre aspect majeur relatif à cette époque, la collection regroupe des photographies de projets, de maquettes, de chantiers et de réalisations des plus grands architectes du début du XXe siècle. Il faut signaler que plusieurs de ces photographies ont été reproduites dans les principaux périodiques d’architecture de l’époque. Les principaux corpus comprennent des photographies de travaux réalisés par Tadao Ando, Gunnar Asplund, Welton Becket & Associates, Hendrik Petrus Berlage, Le Corbusier (par Lucien Hervé), Josef Hoffmann, Albert Kahn, Hans Heinz Luttgen, Rob Mallet-Stevens, Adolf et Hannes Meyer, Robert Michel, Carlo Mollino, J.J.P. Oud, Gerrit Rietveld, Ludwig Mies van der Rohe, Karl Friedrich Schinkel, Mart Stam (par Ilse Bing), Frank Lloyd Wright (par Henry Fuerhmann). Il y a également une importante section sur les œuvres d’architectes russes (Friedman et Glouchenko, Melnikov, Ginsbourg, Vesnine) et un album unique documentant une coopérative de Fufayev à Moscou (1928), ainsi que des photographies portant sur Tatline. Mentionnons cet ensemble de photographies relatant le voyage en U.R.S.S. d’un groupe d’architectes belges et français en 1932, sous la direction de Charles Dédoyard, partis étudier les plus récentes réalisations architecturales et urbaines. L’architecture vernaculaire et moderniste au Mexique (1935-1936) est représentée par le travail de la photographe américaine Esther Born, une artiste à découvrir.

De 1945 à aujourd’hui

La collection de photographies contemporaines est en croissance constante. Aaron Siskind (à partir de 1941) et John Clarence Laughlin comptent parmi les principaux artistes américains dont l’œuvre est représentée par un nombre significatif de pièces. Le CCA possède l’un des premiers projets majeurs de Laughlin, qui a documenté l’architecture de La Nouvelle-Orléans (album paru en 1948). La décennie des années 1970 est bien représentée par les œuvres de Robert Adams, de Harry Callahan, de Garry Winogrand et de Laura Volkerding. Les photographies de Lee Friedlander, l’un des photographes actuels les plus influents, ont été collectionnées au fil de nombreuses années; elles comprennent une sélection de ses travaux majeurs et significatifs liés à l’architecture. Parmi eux se trouve un ensemble d’images tirées de Suburban House (1974-1978) et un portfolio de 52 épreuves en deux volumes intitulé Hirshhorn Museum Sculpture Garden, Washington, D.C. (1975-1977), puissante méditation visuelle sur un jardin urbain.

Le CCA a aussi acquis des ensembles typologiques de structures industrielles des Allemands Bernhard et Hilla Becher ainsi que des œuvres importantes de Yasuhiro Ishimoto, dont nous possédons deux interprétations du palais Katsura au Japon, réalisées à 28 années d’intervalle (1953 et 1981-1983). La collection compte aussi des œuvres de Gordon Matta-Clark, dont Office Baroque et A W-Hole House. Récemment, le CCA recevait en dépôt le fonds d’archives exceptionnel de cet architecte et artiste américain. Bethanian (1984), série consacrée au bâti, compte parmi les œuvres que nous possédons de l’Allemand Dieter Appelt. Le CCA s’est enrichi d’une collection de photographies italiennes contemporaines incluant entre autres des œuvres de Luigi Ghirri, de Guido Guidi, d’Olivo Barbieri, de Gabriele Basilico, de Walter Niedermayer et de plusieurs autres. Le CCA a aussi collectionné les travaux d’autres artistes parmi lesquels Harold Allen, Lewis Baltz, Robert Bourdeau, Marilyn Bridges, Melvin Charney, William Clift, Linda Connor, Jed Devine, Joe Deal, Jim Dow, William Eggleston, Fausty and Rose, Thomas Florschuetz, Frank Gohlke, John Gossage, Emmet Gowin, Jan Groover, John Guttmann, Geoffrey James, Tadashi Kawamata, Nicholas Nixon, Tod Papageorge, Richard Pare, Charles Pratt, Irving Penn, Richard Ross, Thomas Ruff, Stephen Shore, Joel Sternfeld, Hiroshi Sugimoto, Larry Sultan et Judith Turner.

Un des aspects de la photographie contemporaine que le CCA a le plus développé réside dans l’octroi de commandes photographiques comme moyen de soutenir la photographie actuelle, de favoriser l’interprétation de l’architecture et de stimuler le dialogue entre les acteurs les plus conscients de la photographie contemporaine et du domaine architectural. Pour chaque mission, une collaboration a été établie entre un historien de l’architecture, qui a fourni le contexte historique et architectural, et un ou plusieurs photographes chargés d’interpréter le sujet. Parmi les commandes réalisées, mentionnons : Les bâtiments en pierre grise de Montréal par Phyllis Lambert et Richard Pare (1971-1974); Court House (1974-1976), sous la direction de Richard Pare, mission pour laquelle 24 photographes avaient été chargés de photographier 1 054 palais de justice aux États-Unis; L’exposition universelle de la Louisiane à La Nouvelle-Orléans par Catherine Wagner (1984); Terra-Cotta, étude sur les revêtements de façade en terre cuite des bâtiments à Chicago par Bob Thall (1981-1991); Le paysage industriel du canal de Lachine à Montréal, par Clara Gutsche et David Miller (1985-1986); L’Université de Montréal (1989); Les villes industrielles planifiées soit Arvida, Shawinigan et Témiscaming, au Québec, par Gabor Szilasi (1994-1995) ainsi que Les parcs thématiques de Disney (1995-1996) par Catherine Wagner. Une importante commande dont la réalisation a duré sept ans (1989-1995) a permis de réunir un corpus de près de 1 000 photographies de Lee Friedlander, de Geoffrey James et de Robert Burley, qui ont interprété la réalité contemporaine des parcs et des jardins aménagés par Frederick Law Olmsted dans l’Amérique du siècle dernier. De 1995 à 1998, Guido Guidi a réalisé un ensemble de séquences photographiques explorant différents aspects fondamentaux de l’œuvre architecturale de Carlo Scarpa. En 1999-2000, Guidi et Richard Pare ont interprété, chacun par des approches visuelles différentes, l’œuvre de Mies van der Rohe en Amérique. Au cours des dernières années, Pare a également effectué de nombreuses visites en Russie, produisant un corpus d’œuvres sur l’architecture de l’avant-garde soviétique. En 1999, le CCA conviait Jeff Wall à réaliser une œuvre photographique sur la Dominus Winery, œuvre des architectes suisses Herzog & de Meuron. Le dernier projet en cours, Tangente, a permis d’inviter, à partir d’une série d’expositions organisées jusqu’en 2005, des artistes tels que Victor Burgin, Dieter Appelt, Naoya Hatakeyama et Alain Paiement à produire de nouvelles œuvres (photographiques, numériques ou vidéo), en réaction à un corpus d’images tirées de la collection de photographies. Ces commandes constituent une part croissante de la recherche photographique contemporaine effectuée à partir de la collection de photographies du CCA.

1
1

Inscrivez-vous pour recevoir de nos nouvelles

Courriel
Prénom
Nom

Merci. Vous êtes maintenant abonné. Vous recevrez bientôt nos courriels.

Pour le moment, notre système n’est pas capable de mettre à jour vos préférences. Veuillez réessayer plus tard.

Vous êtes déjà inscrit avec cette adresse électronique. Si vous souhaitez vous inscrire avec une autre adresse, merci de réessayer.

Classeur ()

Votre classeur est vide.

Adresse électronique:
Sujet:
Notes:
Veuillez remplir ce formulaire pour faire une demande de consultation. Une copie de cette liste vous sera également transmise.

Vos informations
Prénom:
Nom de famille:
Adresse électronique:
Numéro de téléphone:
Notes (optionnel):
Nous vous contacterons pour convenir d’un rendez-vous. Veuillez noter que des délais pour les rendez-vous sont à prévoir selon le type de matériel que vous souhaitez consulter, soit :"
  • — au moins une semaine pour les sources primaires (dessins et estampes, photographies, documents d’archives, etc.)
  • — au moins 24 heures pour les sources secondaires (livres, périodiques, dossiers documentaires, etc.)
...