CCA c/o Dakar

2023-2026

Le programme CCA c/o a déménagé. Le programme CCA c/o Dakar enrichira les recherches du CCA sur les questions liées au continent africain et à l’environnement (Centrer l’Afrique : perspectives postcoloniales sur l’architecture et Fugitive Archives : A Sourcebook for Centring Africa in Histories of Architecture) en explorant le contexte architectural, urbain et social actuel de Dakar.

Depuis l’été 2023, nous avons entrepris une collaboration avec Nzinga B. Mboup pour produire une série de programmes publics et de projets de recherche à Dakar. Mboup est architecte et commissaire, cofondatrice de Worofila, une pratique spécialisée en architecture et construction bioclimatique utilisant de la terre et des biomatériaux de source locale. Elle nous livre ici ses réflexions sur les objectifs de notre collaboration.


En tant qu’architectes vivant et travaillant à Dakar, nous sommes confrontés à une série de questions. Comme commissaire de CCA c/o Dakar, je vais en explorer deux en particulier :

Quel est l’héritage matériel de nos villes et que peut-on en apprendre?

Quel type d’identité(s) architecturale(s) sénégalaise(s) définit notre ville?

Alors que nous allons de l’avant avec ce programme de recherche, que nous étudions certaines réponses à ces questions et que nous mettons en lumière les projets qui commencent à en traiter, il est important d’employer une approche transdisciplinaire pour interroger le rôle de l’architecture que nous produisons dans la construction de nos sociétés et économies, et pour donner à l’architecte l’autorité d’agir dans l’intérêt de la population.

Ce programme sera également un moyen d’activer la formulation et la diffusion de connaissances afin de préparer le terrain pour l’appropriation collective de nouvelles formes de bâtiments et de pratiques qui répondent aux préoccupations et à l’évolution de la société sénégalaise et africaine.

Projet de recherche 1 – DPLG-S : les architectes sénégalais et leurs architectures

De nombreux jeunes architectes sénégalais ont, comme moi, étudié à l’étranger et n’ont jamais eu l’occasion d’apprendre l’histoire architecturale du Sénégal. Peu de ressources existent sur la vie, le travail et les œuvres des architectes sénégalais, et un grand nombre de ces premières personnes à s’enregistrer formellement et à ouvrir leur agence sont toujours vivantes aujourd’hui. L’ Ecole d’Architecture et d’Urbanisme de Dakar a fonctionné à Dakar entre 1971 et 1991 et créé une génération de praticiens formés localement, engagés dans l’histoire de leur architecture et s’interrogeant sur le contexte de celle-ci. Il y a très peu, sinon pas d’archives sur le travail qu’ils ont réalisé.

Ce projet de recherche a pour objectif de tracer un portrait des premières générations d’architectes sénégalais et de comprendre leurs origines, leur motivation à étudier dans ce domaine, leurs carrières et formes de pratique, leur production et leur legs.

Voici une occasion de présenter ces figures tout en comprenant le contexte historique, socioculturel et politique dans lequel elles évoluent et d’explorer leur vision de ce que peut être le rôle d’un architecte.

Ce projet aboutira à une publication et une série d’événements publics sous forme de conversations et d’expositions qui permettront à ces architectes de faire connaître leur travail et leur parcours auprès de la jeune génération et de profiter de l’occasion pour engager un dialogue intergénérationnel, réfléchir aux défis qui nous attendent et les formuler.

Projet de recherche 2 – Répertoire des matériaux et techniques de construction du Sénégal

L’architecture sénégalaise a été produite à l’aide de matériaux locaux et importés. Nous pouvons lire notre histoire architecturale à travers une compréhension des différents matériaux utilisés dans l’espace et le temps, leurs origines, leurs transformations et finalement le caractère qu’ils confèrent aux bâtiments.

À une époque où l’on assiste à un regain d’intérêt pour les matériaux biosourcés et leur expression dans l’architecture, ainsi que pour leur impact sur l’environnement et l’économie, un atlas des composantes et techniques constructives employées par les praticiens sénégalais peut devenir un outil important dans la définition du type de bâtiments que nous désirons créer.

Contexte sénégalais

Dakar est une ville dynamique et bouillonnante qui est depuis longtemps l’une des capitales culturelles de l’Afrique. Qu’il s’agisse d’événements historiques importants comme le FESMAN en 1966 ou la Biennale de l’art africain contemporain, aussi connue sous le nom de Dak’Art, plus grande manifestation d’art contemporain du continent, l’art et la culture sont omniprésents dans la ville et des institutions culturelles1 ne cessent d’ouvrir leurs portes et de s’épanouir. Le pays est également reconnu pour ses scientifiques et philosophes visionnaires comme Cheikh Anta Diop et Felwine Sarr, dont les travaux nous ont rappelé, en tant qu’Africains d’aujourd’hui, le riche héritage culturel et scientifique commun qui est le nôtre et la nécessité de réinventer notre modernité selon nos propres termes.

Ce patrimoine d’art et de culture à l’avant-garde de l’identité du pays est souvent attribué à notre premier président, Léopold Sédar Senghor, aussi artiste et poète, qui a délibérément instauré une politique culturelle afin de développer un Sénégal moderne. Une de ses théories, celle du « parallélisme asymétrique », a inspiré les architectes2 à mettre en œuvre un style postmoderniste distinctif, dans lequel la géométrie est basée sur les fractales et le rythme. En vertu de la loi sur l’architecture promulguée en 1978 par Senghor, la création architecturale doit s’inspirer des valeurs de la civilisation négro-africaine, singulièrement « soudano-sahélienne », sans se départir des exigences de la modernité.

Nous possédons un éventail de traditions datant de l’époque précoloniale avec l’architecture vernaculaire africaine qui a montré comment bâtir durablement avec des biomatériaux en fonction du climat. Elles nous proposent des techniques de construction, mais aussi d’urbanisme, et établissent le vivre-ensemble en communauté. Elles sont encore présentes dans la ville d’aujourd’hui sous la forme du Penc3 et de maisons avec enceinte. Ces formes traditionnelles sont imbriquées dans d’autres histoires comme celles des bâtiments coloniaux français qui remontent au XVIIe siècle, de l’architecture néo-sahélienne des années 1930 représentée par le marché Sandaga, des maisons bulles de Wallace Neff des années 1950 et de l’articulation postmoderne par les premiers architectes sénégalais dans l’immeuble Fayçal de Cheikh Ngom et la tour de la BCEAO d’Atepa.

Véritable palimpseste, Dakar a été un terreau fertile à l’expérimentation et la réflexion prospective, ainsi que le lieu où de nombreuses questions sur l’avenir des villes sont encore posées, certaines étant propres au contexte et d’autres, universelles. Plus précisément, nous faisons face aux défis que représente la définition du rôle de l’architecte, et de celui de l’architecture, dans un pays de 18 millions d’habitants, qui compte moins de 300 architectes agréés et aucune école nationale d’architecture depuis 1991. Pour les architectes vivant et travaillant à Dakar, la recherche est essentielle pour en apprendre plus sur le contexte, malgré les lacunes en ressources dédiées. Pour accéder à la connaissance et engager un débat sur la place de l’architecture dans nos sociétés, nous devons faire preuve de créativité et travailler dans des disciplines telles que l’art, l’artisanat, l’anthropologie, la sociologie et l’histoire, trouver un nouveau langage pour transmettre les idées sur le sujet aux citoyens et créer des archives et des dépôts pour diffuser le savoir.

La communauté est un élément clé des relations entre les Africains. En tant que jeune architecte vivant à Dakar, j’estime important de m’inscrire dans une histoire et une tradition dans lesquelles je peux apprendre de mes prédécesseurs toujours vivants, la première génération de bâtisseurs du Sénégal, comme Cheikh Ngom, Pierre Goudiaby Atepa, Mbacké Niang, Annie Jouga, Jean-Charles Tall, pour n’en nommer que quelques-uns, et confronter le legs de leur pratique aux défis d’aujourd’hui. Mes contemporains sont aussi mes professeurs et, en tant que collectif, nous travaillons ensemble pour lancer des projets de recherche comme Dakarmorphose4 ou Habiter Dakar5. Plus important encore, mon agence Worofila m’a permis de collaborer avec des architectes et des ingénieurs comme Doudou Deme à la définition d’un langage de l’architecture bioclimatique à partir de l’utilisation de terre crue et de typha afin de réaliser des bâtiments qui diminuent les gaz à effet de serre émis par la construction dans un monde où nous sommes de plus en plus menacés par les changements climatiques, exacerbés par une urbanisation rapide incontrôlée à base de béton, d’acier et de verre.


  1. Raw Material Company, Black Rock Senegal, Centre Yennenga, l’Ecole des Sables, Selebe Yoon, etc.  

  2. La Foire commerciale de Dakar et le Musée Senghor en sont quelques exemples.  

  3. Désigne le centre communautaire, souvent situé sous un arbre, autour duquel s’organisent les différents groupes familiaux dans les établissements traditionnels lébous ou wolofs.  

  4. Dakarmorphose est un projet de recherche centré sur l’histoire architecturale et urbaine des populations indigènes de Dakar comme point d’entrée pour s’interroger sur la valeur du patrimoine bâti de Dakar.  

  5. Habiter Dakar est un projet de recherche qui examine l’évolution de l’habitat au Sénégal et propose une approche de la conceptualisation de l’habitat qui tient compte des spécificités socioculturelles, climatiques et urbaines de Dakar.  

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