Histoires environnementales de l’architecture

Une introduction par Kim Förster

L’environnement, plus spécifiquement ce que les praticiens, historiens et théoriciens de l’architecture entendent par ce terme, est en perpétuel changement – sa définition fait débat et s’élargit à mesure que le rapport de la société avec la nature évolue. S’appuyant sur un appel ouvert lancé en 2017 à un moment où les altérations massives de la Terre devenaient une évidence, le CCA a commencé à travailler avec un groupe de chercheurs sur un projet de recherche multidisciplinaire soutenu par l’initiative Architecture, Urbanism and Humanities de l’Andrew W. Mellon Foundation. Durant 18 mois, l’équipe s’est interrogée sur la pertinence d’écrire une histoire environnementale ou plutôt, de multiples histoires environnementales de l’architecture.

Si la conception du projet était déjà bien avancée, la Conférence des Nations unies en décembre 2015 sur les changements climatiques a mis en lumière l’urgence du sujet, mettant l’accélération de la crise du climat et ses conséquences à l’agenda politique de la communauté internationale. C’est ainsi que l’architecture, tant comme discipline que dans sa pratique, s’est retrouvée impliquée dans les contributions visant à atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, en vue de limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 °C. En outre, l’Anthropocene Working Group de la Geological Society of London a recommandé en août 2016 que l’anthropocène soit considéré comme une nouvelle époque dans laquelle les humains sont reconnus comme le facteur géologique et biologique essentiel et décisif des changements sur la Terre. Cette perspective a fourni un cadre supplémentaire pour la recherche de modèles explicatifs et interprétatifs afin de gérer les défis et les risques auxquels l’humanité fait maintenant face. Il demeure néanmoins des réticences générales dans les débats entourant la validité et la portée de la notion même d’anthropocène, l’idée que l’« anthropos » englobe toute activité humaine et la perpétuation d’une perspective blanche, occidentale et masculine. Sous l’intitulé provisoire L’architecture et/pour l’environnement, le projet de recherche multidisciplinaire a pris comme point de départ l’hypothèse que les environnements bâtis et naturels sont coproduits, et découlent de la volonté de sortir l’expérimentation du carcan des positions pragmatiques, techno-utopistes ou même environnementalistes.

Une partie intégrante de la conception d’exposition par Saucier + Perrotte Architectes pour 1973 : Sorry, Out of Gas (2007-2008) était une structure noire qui serpentait à travers les galeries et faisait allusion à l’écoulement du pétrole dans un pipeline. Si la proposition avait été réalisée, la structure aurait semblé percer la façade du CCA. Depuis lors, le pétrole, la politique et la culture ont été étudiés dans le cadre des sciences humaines de l’énergie et de l’histoire de l’architecture, en relation avec les idées de pétroculture et de pétro-modernité. Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

Le CCA offrait un contexte idéal pour cette recherche, car l’institution met à disposition le contexte nécessaire pour opérer à l’intersection des sphères universitaire, culturelle et professionnelle, permettant à la recherche d’être à la fois critique et opérationnelle dans ses concepts, visées et méthodes. Le sujet s’inspirait également de deux projets d’exposition et de publication antérieurs du CCA, lesquels situaient l’environnement comme un champ d’affrontements pour des préoccupations sociales, politiques, économiques et, plus largement culturelles. Le premier, 1973 : désolé, plus d’essence (2007), abordait la réponse de l’architecture au choc pétrolier des années 1970, l’apparition des maisons solaires et écologiques postmodernes et de leurs précurseurs, ainsi que la construction politique de la crise énergétique. Près de dix ans plus tard, Le temps presse : Une contre-histoire environnementale du Canada moderne (2016) soulignait le 150e anniversaire du pays en proposant des contre-récits aux promesses de modernité alliant croissance et progrès, illustrés par des cas de changement climatique, d’extinction et d’extraction au XXe siècle, ainsi qu’au colonialisme de peuplement. Ces réalisations ont mené à d’autres, parmi lesquelles le colloque Développement durable? qui passait au crible la pratique architecturale elle-même, le dossier Web Notre client, la planète, présentant des éléments de la collection acquis dans le cadre des deux expositions et recherches individuelles les entourant, ainsi qu’Adieu, pétrole, un livre illustré pour tous les âges qui présente des idées pour vivre sans pétrole. À travers ces investigations, le CCA complexifiait déjà l’histoire architecturale sur les causes et les effets des relations environnementales, en considérant la problématique de l’énergie dans une perspective contextuelle et corrélative et en reconnaissant que le concept d’environnement ne peut être réduit à une image romantique ou idéalisée du paysage ou de la nature. Pourtant, cette démarche s’inscrit encore dans la perspective du Nord global, et ce même si les changements engendrés par le réchauffement climatique affectaient déjà inéquitablement les différentes régions du monde.

L’éventualité qu’une diversité de points de bascule plongerait la Terre dans une crise du climat et de la biodiversité exigeait un point de vue d’ensemble, réellement international. Afin de traiter de la responsabilité de l’architecture avec ces risques accrus, L’architecture et/pour l’environnement a été conçu comme un programme de recherche historiographique et épistémologique sur les intrications de la discipline avec l’environnement, ainsi que l’utilisation, l’exploitation et la destruction qu’elle lui fait subir, engendrant une sous-nature, pour reprendre le terme de David Gissen. En mettant dès le départ l’accent sur une approche d’histoires environnementales, le projet a écarté de son champ de recherche l’histoire de l’environnementalisme et le virage écologique des années 1960 et 1970 (tout en convenant que ces thématiques avaient déjà été éclipsées par d’autres priorités et sujets depuis). Il a plutôt mis à profit une critique des modèles de croissance de l’architecture du XXe siècle, comme ceux de l’obsolescence et de la durabilité explorés par Daniel Abramson, historien de la discipline. Une autre référence essentielle pour une lecture analytique de tels enchevêtrements est le travail d’études critiques réalisées par le théoricien culturel Imre Szeman sur les pétrocultures et la pétromodernité.

Ces prises de position en sciences humaines architecturales et en sciences humaines au sens large ont servi à définir les objectifs du projet de recherche. L’un d’entre eux était de mettre en relief la dépendance de l’architecture à l’égard les combustibles fossiles en se concentrant sur la culture visuelle et matérielle ainsi que sur le design et la technologie (sans omettre pour autant les matériaux de construction à grande consommation d’énergie et fortement émetteurs ainsi que leur circulation). Il s’agissait également de dépasser la pensée et les comportements désuets – en particulier, ceux associés au dualisme entre humain et nature – pour adopter plutôt une approche que l’universitaire écoféministe Donna Haraway et le sociologue Bruno Latour qualifient de culture de la nature. Le projet partait du principe que le discours architectural et environnemental doit s’affranchir des limites de l’énergie et du changement climatique et qu’une approche curatoriale fournirait le cadre nécessaire pour tracer de nouvelles avenues en matière de recherche et d’enseignement en architecture.

Dessins du Parc Baile et de la Maison Shaughnessy avec une installation paysagère temporaire utilisant du miscanthus. Gilles Clément et Nicolas Gilsoul, « Le Jardin des Eulalies : la savane du CCA sans les éléphants », 2007. Impression à jet d’encre sur papier, 146 × 70,6 cm. DR2007:0108, CCA. Don de Gilles Clément

Si l’appel ouvert aux chercheurs mettait déjà en lumière l’invention de l’environnement en architecture, c’est l’histoire de l’architecture en soi qui allait être sondée, afin de comprendre quelle histoire de l’environnement était déjà écrite et quelles seraient les autres qui mériteraient de l’être. Cette relecture historique et cette réorientation stratégique apparaissaient comme nécessaires, étant donné que tant la profession et la recherche en architecture que l’enseignement de l’histoire de la discipline avaient défini et légitimé la relation entre architecture et environnement comme faisant partie du projet moderne. Les huit chercheurs – un groupe exceptionnel sélectionné lors d’un processus d’évaluations par les pairs animé par Gissen et Abramson – ont donc été invités, individuellement comme collectivement, à élaborer une variété d’histoires de l’architecture à travers le prisme de l’environnement, et inversement, et à faire dialoguer ces récits.

Les chercheurs ont d’abord voulu déterminer les recoupements et les différences dans leurs sujets et leurs priorités, leurs périodisations et leurs chronologies, leurs géographies et leurs échelles, ainsi que dans leurs valeurs, attitudes et convictions, avant d’adopter individuellement des méthodes, principes et techniques de recherche scientifique et culturelle, ainsi que de production. Le CCA a encouragé l’étude d’un vaste éventail de thèmes sociaux et environnementaux au sein de l’architecture, tous liés à des degrés divers avec l’histoire du capitalisme mondial. Ont finalement émergé les domaines suivants : l’objectivation culturelle précoce du charbon; la notion de milieu urbain comme agent polluant; la prééminence du pétrole et des nouveaux modèles de consommation énergétique en architecture; la croyance aveugle dans la technologie pour contrôler l’environnement; la collaboration entre science, industrie et politique pour définir le confort thermique; l’exploitation, la géopolitique et le marketing de l’amiante pour le logement; l’agentivité de l’architecture pour faciliter la cohabitation humains-animaux; et, pour finir, les implications architecturales de la connaissance ethnobotanique dans le suivi des relations humains-plantes.

Entre l’automne 2017 et l’hiver 2019, les chercheurs ont mené leurs projets personnels en consultant des documents d’archives au CCA et dans d’autres institutions, en réalisant des entrevues, ou encore du travail sur le terrain. Le travail collectif du programme L’architecture et/pour l’environnement a été structuré autour de trois ateliers de plusieurs jours, deux à Montréal et un à New York, les deux derniers assortis d’événements publics. Il s’agissait de moments clés pour la production conjointe et l’échange de connaissances. Si le premier atelier, organisé au CCA en novembre 2017, a permis aux chercheurs de définir une base commune, de collecter des termes, d’établir des références, de fixer des objectifs et de se saisir des défis, le second, tenu en juin 2018, intitulé C’est compliqué, a favorisé les échanges multidisciplinaires comme moyen de transcender les analyses et arguments individuels. L’événement était balisé par les jumelages conceptuels énergie/puissance, contrôle/systèmes, corps/exposition et post-humain/nature, chaque association étant explorée au cours d’une conversation entre deux chercheurs et un expert invité – respectivement, Dominic Boyer, Michael Osman, Gabrielle Hecht et Etienne Turpin. L’atelier ne visait rien de moins qu’une réévaluation historique et théorique de l’architecture comme mesure principale de l’échelle, analyse encadrée par les préoccupations actuelles dans les domaines des sciences humaines environnementales et énergétiques.

Finalement, le troisième atelier, qui s’est tenu à New York en octobre 2018, a été présenté avec le Temple Hoyne Buell Center for the Study of American Architecture de la Columbia University, l’organisateur local Jacob Moore, et les modérateurs Meredith TenHoor et Reinhold Martin. Sous le titre de « It’s Simple », les chercheurs ont exposé des méthodes pour produire des preuves et construire des récits, tout en apportant leur réponse à l’objet de l’atelier : en quoi les histoires environnementales de l’architecture distinguent-elles les gagnants et les perdants de la Grande accélération dans l’Amérique du milieu du XXe siècle et de la Grande divergence du XXIe siècle à l’échelle planétaire? Alors que la menace d’un effondrement socioécologique mondial – observée, par exemple, dans les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat – continuait à retenir l’attention des chercheurs, le but de L’architecture et/pour l’environnement était de proposer bien plus qu’une histoire des deux derniers siècles ou un diagnostic du présent. Il s’agissait plutôt que de propager un optimisme écomoderniste ou d’aggraver la crainte de scénarios apocalyptiques, la diversité et la portée historiographiques et épistémologiques du projet – explorations individuelles, ateliers interdisciplinaires et recherche collaborative – permettant d’offrir une nouvelle forme d’histoire environnementale qui responsabilisent la pratique, l’histoire et la théorie de l’architecture.

Une liste de lecture compilée par les chercheurs de l’architecture et de l’environnement, qui est devenue une bibliothèque d’« histoires environnementales » dans la Salle d’étude du CCA pour la durée du projet. Télécharger PDF ici.

Cette publication qui en résulte, Environmental Histories of Architecture, présente le travail des huit chercheurs qui, chacun, analysent des relations, crises et réformes environnementales particulières. Ils illustrent comment la société, l’architecture et l’environnement ont été co-construits, représentés et vécus dans leurs réalités géographiques respectives. Si leurs essais sont publiés indépendamment sous forme de chapitres (que l’on peut télécharger en suivant le lien ci-dessus), ils couvrent ensemble une vaste gamme de réflexions sur la manière dont l’environnement a fait évoluer l’architecture, et inversement.

Aleksandr Bierig étudie le London Coal Exchange, un édifice ouvert en 1849 pour abriter un marché où le charbon de la ville était échangé mais pas distribué. En abordant cette Exchange (bourse) sous l’angle de l’artefact, Bierig explore le moment où le charbon est devenu une chose, une marchandise, et propose une perspective architecturale sur l’histoire des combustibles fossiles. Il s’appuie sur une revue de la littérature consacrée aux conditions de travail dans les mines et sur un examen architectural de la présentation des fossiles végétaux à la bourse pour expliquer un moment charnière dans le développement de l’importance sociale et culturelle du charbon. La portée spatiale et le langage matériel du bâtiment suggèrent que l’utilisation des combustibles fossiles a commencé à perturber la relation entre l’histoire humaine et le temps géologique, soulevant des questions obsédantes sur les « acres fantômes » qui restent présentes aujourd’hui.

Nerea Calvillo s’intéresse à ce qui se passe quand la nature elle-même, dans ce cas le pollen, est considérée comme problématique, voire polluante. Cet essai présente les femmes avant-gardistes de la Hull House, projet d’implantation réformatrice qui a vu le jour à Chicago en 1889; elles ont mené des enquêtes socioéconomiques à grande échelle, cartographiant – du moins, implicitement – la répartition de l’ambroisie dans la ville, et ce, bien avant que le rhume des foins causé par le pollen fasse l’objet d’une médicalisation et d’une activité commerciale aux États-Unis. Calvillo puise dans les écrits écoféministes pour bâtir une théorie queer de la pollution, qui englobe le sujet au-delà de sa seule dimension architecturale. Plutôt que de se contenter de traiter du pollen et de le représenter comme une pollution, l’accent mis par l’autrice sur la politisation multiscalaire des écologies urbaines permet d’approfondir la recherche sur les initiatives d’intervention dans la société et la nature, d’entretien des espaces urbains et initiatives critiques du verdissement néolibéral.

Daniel Barber donne au pétrole (tel qu’on l’utilise pour chauffer et rafraîchir les intérieurs clos) une visibilité concrète dans l’architecture nord-américaine d’après-guerre à partir d’analyses de la pétroculture, telle qu’elle s’exprime notamment dans le roman-route ainsi qu’ailleurs en littérature, dans les arts et au cinéma. Barber prend les exemples du Seagram Building à New York (1957) et du siège de l’UNESCO à Paris (1958) pour démontrer comment le style international a créé des édifices qui, en tant qu’objets culturels et systèmes techniques, reposaient explicitement – pour leur fonctionnement et leur esthétique – sur l’énergie bon marché, dissimulée dans leurs façades, planchers et plafonds. Pour ce qui est des appels actuels en faveur d’une transition énergétique, Barber soutient, entre autres, que les alternatives d’origine solaire mises de l’avant depuis les années 1970 doivent être étudiées dans un contexte de pénurie et en prenant en compte la société et l’économie centrées sur le pétrole dans lesquelles nous évoluons aujourd’hui.

Kiel Moe affirme que, tout au long du XXe siècle, la pédagogie dans les écoles d’architecture en Amérique du Nord a construit et entretenu une image négative de l’environnement comme source première de l’équipement propriétaire. L’essai retrace cette tradition dès les tout premiers parcours de formation et manuels, puis dans la standardisation des enseignements et les critères d’accréditation, jusqu’aux cours sur les « systèmes de régulation des milieux ambiants » des années 1960 découlant de l’approche de systèmes en circuit fermé popularisée par la NASA, ainsi que de la vision de Reyner Banham sur les services mécaniques. Malgré les alternatives didactiques proposées par Lewis Mumford, James Marston Fitch et Douglas Haskell, l’accent mis sur l’équipement s’est trouvé renforcé par les liens étroits entre les milieux industriels et universitaires, menant à une relation de dépendance qui continue à peser sur les formations en architecture en Amérique du Nord.

Jiat-Hwee Chang reconstitue les origines de l’industrie de la climatisation née en Amérique du Nord et sa montée en puissance pour devenir une telle force de transformation dans l’architecture du XXe siècle, critiquant au passage les prétentions simplistes du secteur quant à une soi-disant norme universelle de confort thermique. Dans une volonté de donner à l’histoire une dimension plus internationale, l’essai présente deux sites, Singapour et Doha, au Qatar, comme exemples de la prolifération des complexes climatisés dans l’hémisphère sud au cours des années 1970 et 1980, lesquels ont été équipés par des entreprises américaines ou, du moins, se sont appuyés sur leur expertise. Pourtant, Chang explore des projets récents pour montrer que face au réchauffement des régions tropicales et subtropicales, ces deux pays influents élaborent en réalité des stratégies de refroidissement hybrides associant technologie et tradition pour les bâtiments et les espaces publics, remettant ainsi en cause la dépendance à la climatisation.

Hannah le Roux suit la circulation et les géographies entrepreneuriales de l’amiante-ciment, un matériau de construction qui a envahi le monde au XXe siècle. L’essai met au jour les liens industriels, scientifiques, professionnels et politiques existant entre modernité et toxicité : le Roux nous explique comment la multinationale Eternit, installée en Suisse, a commercialisé à compter des années 1950 des produits à base d’amiante dans son magazine d’entreprise AC; comment l’historien de l’architecture Sigfried Giedion s’est lui-même mis au service de l’industrie en écrivant pour AC et en employant de l’amiante-ciment dans sa propre maison; et comment, sous l’égide des Nations Unies, le matériau s’est répandu dans les pays du Sud par l’entremise de logements préfabriqués. Même après son interdiction dans de nombreux pays, la présence persistante de l’amiante-ciment reste une forme de « violence lente » qui rappelle le besoin d’une « science lente ».

Isabelle Doucet s’intéresse à deux projets radicaux, la volière de Cédric Price (1985), au Royal Veterinary College de Londres, au Royaume-Uni, et à la Dolphin Embassy (1976), d’Ant Farm, en Australie, comme études de cas contextuels et introspectifs des relations possibles entre humains et animaux. L’essai se place dans une perspective de sciences humaines environnementales pour réaliser une analyse architecturale, faisant valoir que même si les deux projets n’ont finalement pas été réalisés, l’architecture était au centre dans les espaces paradigmatiques proposés pour la reproduction et la rencontre. S’inspirant des procédés narratifs propres à Price et Ant Farm, Doucet livre un récit basé sur les archives, jalonné par les savoirs scientifiques et autochtones, pour souligner l’importance de la vie des êtres, humains et non-humains, dans la survie et la coexistence plurispécifiques en cette ère néolibérale.

Paulo Tavares développe une critique postcoloniale de la serre tropicale et des plantations de l’époque impériale comme cadre d’une fouille approfondie des archives ethnobotaniques de l’anthropologue américain William Balée. Dans une entrevue, Tavares et Balée discutent de la diversité et des formations végétales en Amazonie, sujet documenté par ce dernier dans les années 1980. Dans une démarche fondée sur la recherche, qui intègre la botanique à l’architecture et réciproquement, Tavares s’interroge sur la manière dont les institutions, tant dans les sciences naturelles qu’en architecture, devraient constituer leurs collections d’archives. Cette critique s’inscrit dans le contexte des politiques de développement brésiliennes destructrices des habitats, plantes et cultures autochtones, appuyées par des États et entreprises bénéficiant de la déforestation des forêts équatoriales – ce qui s’apparente d’un point de vue scientifique à un crime contre l’humanité et l’environnement.

Ces essais constituent huit épisodes d’histoires environnementales de l’architecture en devenir. Commençant avec l’émergence du capitalisme industriel et des nouveaux marchés de l’économie des combustibles fossiles dans l’Angleterre du XIXe siècle, la série aborde ensuite au sens large les questions d’urbanisation, de modernisation et de colonisation de la nature au début du XXe siècle; l’industrialisation de la construction et les tendances socioécologiques en termes de matériaux, procédés et technologies du secteur du bâtiment dans l’Amérique du Nord d’après-guerre; et, finalement, les changements sociétaux et environnementaux engendrés par la mondialisation et le néolibéralisme sur l’économie et la culture. Le dernier essai, dont je suis l’auteur, propose un tour d’horizon permettant de situer la série dans un ensemble de courants plus étendus, en particulier l’interprétation et la narration de l’histoire et des sciences humaines environnementales; l’histoire matérielle qui lie architecture et environnement par-delà les thématiques d’énergie et de changement climatique; et les approches critiques et posthumaines de la nature.

Les connaissances générées grâce au programme L’architecture et/pour l’environnement, diffusées sous forme de publication numérique en libre accès, contribuent tant à la discipline de l’architecture qu’au champ des sciences humaines dans leur appel à une compréhension historique et contemporaine de l’environnement. Et ce, à deux titres : d’abord, le projet fait de l’histoire de l’architecture elle-même – dans ses concepts et ses méthodes, son agentivité et ses politiques – le sujet d’une investigation sous forme d’un dialogue interdisciplinaire entre praticiens et experts des sciences humaines architecturales ainsi, entre autres, qu’anthropologues, historiens et philosophes. Ensuite, le projet va plus loin que les discussions antérieures et parallèles sur l’historisation et la théorisation des questions environnementales en architecture, notamment en matière de pédagogie architecturale, en s’attaquant de front aux histoires et trajectoires mondiales et impériales des flux énergétiques et matériels.

Bien sûr, le CCA et les chercheurs ayant participé au projet n’étaient pas les seuls à se préoccuper et à critiquer la relation problématique de l’architecture avec l’environnement – d’autres travaux sur ce thème avaient déjà été menés ou étaient publiés dans ces mêmes années, parmi lesquels Architecture in the Anthropocene (Open Humanities Press, 2014); Climates: Architecture and the Planetary Imaginary (Columbia Books on Architecture and the City/Lars Müller, 2016) ou encore un essai collectif par le groupe d’intérêt Architecture and the Environment du European Architectural History Network (EAHN) (Architectural Histories, 2018). Et depuis la fin du projet, diverses initiatives, publications et institutions en architecture et sciences humaines ont vu le jour dans le but de mieux comprendre et faire évoluer les relations environnementales.

Pourtant, le CCA, qui n’a de cesse de remettre en question le rôle classique dévolu au musée et aux archives, demeure un cadre productif pour l’analyse critique de l’histoire de l’architecture et le développement de la recherche à travers des formes narratives plus ouvertes. C’est grâce à l’approche et à la structure multidisciplinaires, si ce n’est transdisciplinaires, du programme L’architecture et/pour l’environnement que les travaux présentés dans cette publication offrent non pas une, mais plusieurs lectures et compréhensions historiques des relations environnementales de l’architecture. Ils y parviennent en dépassant la dichotomie traditionnelle de l’historiographie comme étant soit critique, soit fonctionnelle, apportant ainsi un aperçu des réalités sociopolitiques actuelles et proposant des pistes de solution sur la façon de recadrer, grâce à l’environnement, la pensée et les pratiques qui sous-tendent un avenir possible. Environmental Histories of Architecture invite les lecteurs à désapprendre et réapprendre dans le but d’imaginer une relation différente entre la société et l’environnement, la culture et la nature, pour ultimement en arriver à une décarbonation et à une décolonisation de la connaissance et de la pratique de l’architecture.

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