Réinitialiser le social

Que ce soit ou non immédiatement apparent, l’environnement bâti et l’architecture incarnent et sous-tendent un ensemble de valeurs – un ensemble de valeurs qui reflète celles qui sont portées par la société . Si l’architecture et la société changent et évoluent, elles ne se transforment pas au même rythme, faisant en sorte que la vie contemporaine ne correspond souvent pas aux espaces qu’elle occupe. Ce dossier s’intéresse à ce défaut d’alignement comme source d’intervention potentielle et aux manières par lesquelles l’écart entre l’architecture et la société peut être réduit, ou même comblé.

Ce dossier web s’inscrit dans le cadre de Ressaisir la vie, la recherche menée sur une année par le CCA.

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Une société en transformation

Giovanna Borasi et Sam Chermayeff introduisent notre exposition Une portion du présent

Une portion du présent : les normes et rituels sociaux comme sites d’intervention architecturale a été conçue par Giovanna Borasi, avec conception de l’installation par Sam Chermayeff Office. L’exposition s’ouvre dans nos salles principales le samedi 13 novembre, et se poursuit jusqu’au printemps 2022.

GB
Mon intérêt principal avec Une portion du présent est d’examiner en profondeur la relation entre architecture et société – comment l’une nourrit l’autre, ou s’y rattache, s’en fait l’écho, ou encore qu’est-ce qui peut nous faire voir la société et dire : « voilà l’architecture qu’il nous faut ». L’écart entre ce dont la société a besoin et ce que l’architecture fournit ne fait que s’agrandir dans certains cas, mais il existe peut-être aussi des possibilités d’intervention que nous, architectes, ne saisissons pas. Je voulais connaître vos réflexions sur la nature de ces relations, et savoir si, à votre avis, celles-ci ont évolué ou ont toujours logé à cette enseigne.
SC
Oui, les choses changent. Et j’accorde la plus grande importance aux questions que vous posez dans Une portion du présent, sans parler de mon propre travail, simplement comme membre de la société. Je crois que votre conception de l’exposition est celle de l’humanisme par-delà l’architecture, dans un sens. Je crois qu’il existe la plupart du temps un large fossé entre les besoins de la société et la réponse de l’architecture. Vous parlez fréquemment de notre rapport à la notion du « soi » en architecture, mais dans l’exposition, ceci touche aussi pas mal de choses qui ne relèvent pas à proprement parler de l’architecture. Il semble que votre point de départ est cette intervention à échelle humaine qui devrait influencer l’architecture. J’apprécie que vous ne l’évoquiez jamais explicitement, mais, d’une certaine manière, les observations dans l’exposition passent le message aux architectes et à d’autres qu’il est possible de combler ce fossé par une compréhension renouvelée de la nature de nos relations à un niveau très personnel, même si la réponse ne peut évidemment être que collective.

Il est également intéressant de réfléchir sous l’angle de l’individu œuvrant dans la communauté. L’exposition s’y consacre résolument, et c’est aussi, à mon avis, ce vers quoi tend l’architecture de qualité. C’est en quelque sorte en droite ligne avec tout ce qui touche aux démarcations et aux particularismes au sein de la collectivité, ce qui signifie que vous pouvez avoir une réelle diversité de gens. Nous sommes à un moment où il nous faut décider de manière très proactive de faire entrer la diversité dans la culture savante… nous devons en faire plus pour refléter cette diversité. Et celle-ci peut prendre toutes les formes; il ne s’agit pas tant exclusivement de race, de genre, ou autre, que de tenter de faire dialoguer les ressemblances. L’exposition traite de cette différence, je crois.

June-14 Meyer-Grohbrügge & Sam Chermayeff, Triangular bed [Lit triangulaire] (2018) Photographie © Oliver Helbig

GB
Voilà à mon sens une belle façon de voir le travail que nous avons mené. Dans la première salle, nous nous interrogeons sur ce qui définit la famille, ce qu’est l’amitié, ce qu’est l’amour, etc., mais vraiment dans la perspective où tout cela est basé sur un choix individuel. Je crois que les objets que nous présentons et les photos que nous avons choisies avec la commissaire Melissa Harris tentent d’illustrer notre propos : ne pas harmoniser une société qui serait vouée à un destin uniforme, mais plutôt où toute cette diversité est possible et peut tisser des liens dans l’espace.
SC
For the nuclear family and its opposite together [tant pour la famille nucléaire que pour son opposée], l’ancien titre de notre Triangular Bed, lequel est dans cette salle, aborde ce sujet. Vous pouvez y projeter de nombreux états d’esprit différents. J’espère que cette capacité en architecture, en ameublement, et même jusqu’aux petites choses les plus anodines, fait en sorte que les gens se sentent à la fois connectés et intrinsèquement eux-mêmes. D’autres salles sont plus explicites quant à la notion du « soi ». Dans l’une d’elles, vous parlez du « culte du soi » tout en réussissant à merveille à ne pas émettre un jugement. Mais c’est compliqué, parce que parfois il semble qu’on gagnerait à ne pas tourner le regard vers soi-même en permanence.

Une portion du présent : les normes et rituels sociaux comme sites d’intervention architecturale. Vue d’installation, 2021. Photographie de Matthieu Brouillard © CCA

SC
Parlons des arrêts sur image de télévision présentés au début de l’exposition et de leur signification en matière de société, parce que par défaut, vous montrez des choses essentiellement historiques, même si c’est du matériel relativement nouveau. Comment imaginez-vous que quelqu’un, commençant là la visite, pourrait s’imprégner de la thématique?
GB
Au début des recherches, il y avait cette idée très intuitive voulant que nous vivions les changements dans la société par les programmes télé. Et à cause de la diffusion mondiale, ceux-ci ont un écho sur l’ensemble de la planète. Prenez ce qui se passe en ce moment avec Le jeu du calmar, par exemple : c’est une émission coréenne, et le monde entier la regarde en même temps. Je pense qu’il est intéressant de relever qu’à travers le pouvoir du diffuseur, cela devient une étrange expérience commune que toute personne, toute culture peut percevoir différemment, mais soudain, chacun se met à réfléchir à ces questions ou changements sociétaux, et ainsi de suite. J’ai toujours trouvé qu’il y avait là un phénomène fascinant. Je me rappelle quand j’écoutais Friends : cette idée d’amis vivant dans des appartements en face l’un de l’autre, qui se réunissent tout le temps sur ce canapé, c’est quelque chose qui n’existait pas dans mes jeunes années en Italie. On projette un concept de société, à travers ça. Je trouve que l’on touche à un moment vraiment particulier, quand ces expériences se vivent en simultané.

Ces séries télé que nous avons choisies incarnent une compréhension ou une anticipation de la société peut-être bien plus que ne le fait l’architecture aujourd’hui. Là où nous avons vu tous ces changements dans des séries télé – l’existence de mères porteuses, les effets de la technologie, l’évolution chez les familles, pour n’en nommer que quelques-uns –, ces sujets ont fait l’objet de débats et, dans un sens, il leur manque encore un espace. Il m’a semblé qu’il y avait là quelque chose d’intéressant, une porte d’entrée accueillante; demander au visiteur « qu’est-ce que la société? » pourrait paraître une question intimidante, tout comme « quelle société souhaiteriez-vous? ». Commencer l’exposition en voyant des images de télé que vous connaissez aussi vous installe tranquillement dans cette sorte de normalité.
SC
Effectivement. C’est comme pour l’édition originale allemande du Manifeste du parti communiste, qui commence avec cette phrase que je ne peux pas dire dans cette langue, mais qui signifie en gros « cette histoire est la vôtre ». J’imagine que telle est la prémisse à la télévision, et je présume qu’elle affirme aussi une dimension d’expérience collective accessible à tout un chacun, donc compréhensible par tous. Mais, ce faisant, l’individu se retrouve également isolé et livré à lui-même, et il faut prendre ce problème en compte. Je pense que les gens le comprennent à un moment ou un autre. L’émission va faire des va-et-vient et on pourrait se dire : « Oh, c’est comme ma vie », mais on réfléchit pour en arriver à la conclusion : « Oh, ce n’est pas ma vie », ce qui apporte une forme de réponse. C’est une véritable institution. C’est quelque chose d’assez audacieux à réaliser.

Une portion du présent : les normes et rituels sociaux comme sites d’intervention architecturale. Vue d’installation, 2021. Photographie de Matthieu Brouillard © CCA

SC
Ce thème de la diversité, que vous laissez ouvert, est aussi très inspirant. Je devrais m’efforcer d’être plus direct à ce sujet dans mon travail d’architecte, pas parce que telle est ma conviction, mais parce que je me méfie de la subtilité. Dans ce métier, il vous faut constamment vous battre avec pugnacité pour quelque chose. Vous devez dire « Non, on ne peut pas faire ça si terne. Il faut prendre le contrepied. Je promets que ça va changer les choses. » Vous devez en permanence définir une position. C’est l’aspect rébarbatif de notre profession, mais il est très difficile, lors d’une discussion avec des clients, de convaincre qui que ce soit par l’ambiguïté.

Mais, d’un autre côté, j’aime l’ambiguïté, parce que bien des fois, alors que nous parlions souvent au téléphone durant ce long, long processus de création de l’exposition, j’ai pensé : « Pourquoi est-ce que je ne dis pas simplement que c’est bon ou que c’est mauvais? ». J’aime, dans le contexte de nos échanges et de l’exposition, que vous sachiez reconnaître cette ambiguïté et conclure : « C’est à la fois très bon et très mauvais ». Je ne sais pas comment nous, architectes, pouvons faire ça.
GB
C’est vrai, et je crois que l’exposition mettra en lumière cette intention que nous avions depuis le départ de plonger vraiment le visiteur dans cette équivoque d’une société en mutation : aujourd’hui, les gens vivent de telle façon, mais où est-ce que je me situe? Est-ce que j’adhère à ça, est-ce que j’aime ça, est-ce que ça m’effraie? Dès le début de nos conversations, vous et moi, a émergé l’idée du visiteur arrivant et se situant en tant qu’individu, que personne en soi, mais toujours dans une situation d’échange très caractéristique de notre contexte actuel. Je crois que les expressions de la subtilité sont multiples et que vous avez pu en concrétiser plusieurs grâce à ce genre d’ambiguïté.

J’en veux pour preuve vos autres projets présentés dans l’exposition, outre le Lit triangulaire, que ce soit la Kurfürstenstraße à Berlin ou le projet Anthropocene LLC dans les Rockaways; je crois que vous créez ce caractère ambigu en rapport à la notion de propriété ou de territoire. Avec Anthropocène LLC, votre chambre à coucher est presque comme un motel. C’est la vôtre, mais elle est également identique aux autres, donc il y a cette idée d’équité. Et puis, il y a un espace que vous partagez avec d’autres, et il vous appartiendra en tant qu’occupant des lieux de décider comment le partager. Avec la Kurfürstenstraße, il y a une pièce qui délimite l’espace entre un appartement et un autre, et l’ambiguïté entre vivre séparément et ensemble va s’effacer. Je crois que vous allez au bout, avec ces projets, de cette ambiguïté.
SC
Merci de le souligner. Pour moi, l’exposition dans son ensemble et mon travail recoupent la même réalité pour ce qui est de leur aspiration au sens large du terme parce que, quand c’est possible, agir en humaniste a un côté tellement magique. Pour revenir à cette idée de nouvelle société, il y a un incontournable dans le maintenant qui fait que, après des décennies de modernisme, nous aimons vraiment cet élément d’humanité. J’aime aussi réellement la prétention moderniste à l’universalité; j’aime l’idée que nous formons un tout… ou du moins, je l’aimais. J’ai de toute évidence grandi dans cette logique. Aujourd’hui, c’est en fait une prise de conscience que nous avons tous de cette histoire particulière. Et ce qui me frappe dans ce changement si spécial, c’est qu’il est, comme vous l’avez dit, tellement effrayant. Dans l’exposition, nous demandons aux visiteurs de décider quelque chose à propos d’eux-mêmes, ce qui est – si vous considérez le côté obscur de la chose – un rien incisif, mais le fait d’avoir à effectuer cette démarche n’est pas sans intérêt, si l’on considère que le modernisme affirmait sans détour que vous n’aviez pas à le faire.

Aujourd’hui, nous sommes à une époque charnière. Dans notre agence, nous nous sommes mis à créer des pièces d’ameublement très personnalisées, pour le maquillage, par exemple, qui pourraient paraître incongrues à certains. Pour un autre projet, nous essayons de transformer des toilettes en environnements acoustiques pour les appels téléphoniques et autres choses fantaisistes. Et il n’y a rien d’universel là-dedans. Diriez-vous que c’est au cœur du changement dans la signification même de nouvelle société? Qu’y a-t-il de neuf?
GB
Je dirais que oui. C’est cette idée d’une forme très différente d’universalisme créée effectivement plus par ce genre de mosaïque ou de kaléidoscope de réalités, c’est la nature même de ce changement.
SC
Tout à fait. Et puis, il nous a fallu imaginer dans ce contexte comment produire une architecture qui réponde à ce besoin, parce que le modernisme ne peut seul être blâmé pour le fossé qui existe. Des notions de simple efficacité, disons, de non-spécialité, entrent également en jeu. Nous devons concevoir une manière d’inviter les gens à créer leurs propres situations.
GB
Une des parties de l’exposition que j’apprécie vraiment se trouve dans la salle où nous présentons toutes ces nouvelles combinaisons de modes de vie en fonction des réalités fluctuantes des nouvelles familles, en mettant l’accent sur des besoins vraiment essentiels comme se serrer dans les bras, avoir avec vous à la maison une doudou comme compagnon à taille humaine. La salle suivante traite aussi du logement, mais peut-être moins à partir de cette approche personnalisée et humaniste, avec un angle plus centré sur les grandes questions que sont l’habitat, l’accessibilité et l’équité dans leur dimension économique. Pour moi, il s’agit d’une des portions les plus fascinantes, où l’on parle encore du même sujet, mais dans une perspective tout autre. À mon point de vue, une autre chose à retenir du présent est qu’il n’existe pas juste une bonne réponse dans la manière d’aborder l’architecture.
SC
La question est de savoir comment nous, architectes, pouvons élaborer un cadre pour ces deux stratégies, parce qu’elles ne sont pas exclusives l’une de l’autre. Lorsqu’on parle d’équité en tant que communauté ou collectivité, c’est aussi reconnaître le problème de l’individualisme et donc, la nécessité d’une réponse conjointe à ce dernier. Dans cet esprit, l’exposition démontre une cohérence, tout particulièrement avec ces deux salles. Je ne suis pas certain que l’architecture dans ces salles ne relève pas moins d’une notion du « collectif » en tant qu’expression architecturale qu’en tant qu’expression d’équité.

Ce qui fait tenir l’ensemble est limpide : nous avons tous besoin de quelque chose de rassurant à étreindre. On peut faire ce constat sans jugement, mais on pourrait dire aussi que les gens ne sont pas capables d’avoir suffisamment de chaleur humaine dans la vraie vie. L’un et l’autre sont sans doute justes, c’est pourquoi il nous faut aussi être ensemble. C’est une série d’étapes complexes, mais c’est vrai. On peut accepter son besoin de différence, mais reconnaître aussi que cette différence nous éloigne, qu’il faut nous retrouver à nouveau, ce sur quoi, à mon avis, l’architecture peut intervenir. Quand elle est poussée à son meilleur, elle accomplit tout ça.

Je suis persuadé que la seule manière de parvenir réellement à cette unité est de penser l’équité différemment, et ce, même si certains de mes projets ne sont pas aussi clairs à ce propos que d’autres. Et il n’y a pas de doute que quand vous vous mettez à faire de belles choses, un certain luxe s’impose, et ainsi de suite. Je ne sais pas comment résoudre ça. Il est tellement triste de constater à quel point l’architecture se dissocie de l’humanité de par sa dimension marchande. Il est très difficile de ne pas penser argent quand on parle d’architecture. Il faut un désir de comprendre qu’elle se doit d’être humaine, et non financière.
GB
Il me semble que l’exposition participait d’un appel à la réflexion lancé aux architectes : « Comment vous situez-vous par rapport à ça? Croyez-vous que vous pouvez en faire davantage, que cet aspect peut vous pousser à prendre une orientation différente, ou tout bonnement que vous n’y voyez pas d’intérêt? Mais si vous en voyez un, que faites-vous? » De plus en plus, j’observe que cette part de militantisme n’est pas dirigée uniquement vers l’architecte ou l’architecture comme discipline, mais aussi, plus fortement même, vers les citoyens ordinaires : le visiteur n’aura également pas le choix que de se poser ces questions.

Une portion du présent : les normes et rituels sociaux comme sites d’intervention architecturale. Vue d’installation, 2021. Photographie de Matthieu Brouillard © CCA

GB
L’exposition se termine par la salle que nous avons conçue autour de l’idée qu’une des choses sur lesquelles, nous humains, avons commencé à jouer ou à échafauder est notre cycle de vie. Nous sommes capables de prolonger la vie, d’étirer le temps que nous passons comme parents, et même de prendre notre retraite beaucoup plus tôt dans l’existence. Dans un sens, c’est aussi remettre en question la pensée moderniste qui s’est reflétée sur la ville, un lieu où l’on dort, l’on travaille et l’on se déplace. Aujourd’hui, nous sommes vraiment au-delà. Pendant des années, nous avons été dans une sorte de régime hybride, où l’architecture jouait clairement sur l’hybridité des formes, des fonctions, etc. À présent, je crois que nous sommes passés à un autre niveau dans le contexte duquel, grâce à la fluidité de ces étapes, un travail n’est plus un travail, une maison n’est plus une maison, ce genre de choses. De ce point de vue, je suis satisfaite par cette dernière salle, car elle propose du contenu tout en laissant une grande liberté à l’interprétation quant à ce que sera le prochain palier ou engagement ou projet pour l’architecture. Si l’on réfléchit sérieusement à cette société, quel type d’architecture produira-t-elle et voudra-t-elle?
SC
Eh bien, à mon avis la dernière salle est la plus complexe pour le visiteur, compte tenu de ce que nous avons évoqué, parce que c’est là que vous devez vous former une conviction. Avec des interrogations du genre : « Est-ce bien? Est-ce ce que je veux? » Ce n’est évident pour personne : « Est-ce que je veux vraiment vivre plus longtemps? Est-ce que je veux vraiment rester seul? » Bien sûr, vous pouvez faire la visite et penser simplement « c’est bizarre », puis sortir et aller prendre un verre sans ne plus vous en soucier, ce qui est correct aussi. La fluidité n’est alors affaire que de plus d’agentivité et d’autonomie. Voilà qui est très angoissant. Je crois que c’est en fait la partie la plus troublante, parce que vous devez prendre position.

Et puis, ça nous laisse seuls face à nous-mêmes. Il y a quelque chose dans la limpidité de la vie selon la pensée moderniste (travailler, jouer, manger, dormir et recommencer) qui est intrinsèquement communautaire, parce que c’est universel. Mais si vous devez décider ce qu’est le travail, le cycle d’une journée, d’une vie, d’un mois, d’une semaine, si du jour au lendemain c’est ce que nous appelons un choix, alors là, on est réellement tout seul. Cette exposition, et notamment la dernière salle, nous plonge sans détour dans l’éventail des choix qui s’offrent à nous actuellement. On distingue bien la trajectoire de cette liberté perpétuelle, on voit que tout ce qui rend cette liberté possible va coûter de moins en moins cher, et donc qu’il y aura toujours plus d’équité dans ce choix.

J’imagine que la liberté dont je bénéficie aujourd’hui, disons le privilège dont je jouis, fait aussi en sorte que j’ai envie de travailler sur cette notion de collectif presque, disons, par égoïsme. Tel est le lot des architectes, qui sont dans l’ensemble des gens par essence privilégiés. La profession est, par sa nature même, favorisée, et il faut savoir reconnaître les embûches d’une telle situation. Ceci est particulièrement vrai aujourd’hui quand on pense à tous les mouvements de la dernière année, de la crise politique aux États-Unis à La vie des Noirs compte en passant par bien d’autres encore. Cette liberté et cette division peuvent à l’évidence devenir facteurs d’isolement et de cloisonnement. Mais le militantisme pousse également les gens à vouloir aller vers les autres.

Dans mes projets, je dois énormément à des personnes qui sont également un peu bizarres et qui demandent des choses étranges. Ce n’est pas juste que je les convaincs; elles ajoutent aussi leur propre logique. Ce que je veux dire, c’est que nous devons devenir de meilleurs consommateurs des villes et de l’architecture. Avec une conversation comme celle-ci, de grands espoirs me semblent permis. Peut-être que l’idée selon laquelle les gens devront prendre parti par eux-mêmes est-elle finalement moins effrayante que nous ne l’évoquions plus tôt dans la discussion. Peut-être la nouvelle société est-elle celle où chacun a la capacité de définir sa position.
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