De La Migration

Les contributions réunies dans cette publication explorent les histoires de l’architecture sous l’angle des pratiques féministes de création du savoir. Les histoires architecturales féministes de migration à travers les territoires et les cadres temporels sont un moyen de contrer le discours de fixité si souvent véhiculé dans le récit sur l’environnement bâti. Cette collection de textes, dessins, et films est dirigé par Anooradha Iyer Siddiqi et Rachel Lee.

De La Migration

Les contributions réunies dans cette publication explorent les histoires de l’architecture sous l’angle des pratiques féministes de création du savoir. Les histoires architecturales féministes de migration à travers les territoires et les cadres temporels sont un moyen de contrer le discours de fixité si souvent véhiculé dans le récit sur l’environnement bâti. Cette collection de textes, dessins, et films est dirigé par Anooradha Iyer Siddiqi et Rachel Lee.

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Des diffractions : une histoire féministe de l’architecture en marge et en mouvement

Anooradha Iyer Siddiqi et Rachel Lee présentent notre nouveau dossier

Les diffractions sont inopinées. Le temps est déréglé, éclaté dans différentes directions, il n’est plus son propre contemporain. Chaque instant est une multiplicité infinie1.


  1. Karen Barad, « Diffracting Diffraction: Cutting Together-Apart », Parallax, vol. 20, no 3 (2014), p. 169. 

Dans cette collection, nous nous intéressons aux gens, aux lieux et aux choses comme étant diffractés par la migration. La migration est à la fois évènement et concept. La diffraction est ce qui arrive lorsque l’énergie rencontre un obstacle. Les récits féministes réunis ici évoquent ce moment.

De La Migration est le deuxième volet des « histoires féministes de l’architecture en marge et en mouvement », une collection multisites de contributions qui aborde la migration comme son concept central et comme événement historique pour mieux comprendre la pensée, le travail et les récits féministe dans le domaine spatial, matériel et esthétique. Cet examen se déroule sur trois plateformes en accès libre : Architecture Beyond Europe, le site Web du CCA et Aggregate. Asseoir la collection sur une matrice tripolaire, bien qu’elle ait pour cadre un Nord épistémique, met en relief les instabilités conceptuelles de la migration.

De telles instabilités sont révélées dans le photomontage d’une artiste migrante exilée en Argentine, qui met en lumière les domesticités et les féminités imposées, tout comme la résistance qu’elles engendrent. Elles émergent dans une peinture d’une artiste de l’architecture de la migration originaire de l’Afrique de l’Est, indissociable de la vie de réfugié, déjà récupérée en tant que symbole essentiel du patrimoine.

Grete Stern, Sueño Numero 1: Articulos eléctricos par el hogar [Rêve no 1 : Appareils électriques pour la maison], photomontage, 1949. De la série Sueños [Rêves]. Avec l’autorisation du Museum of Modern Art. © 2021 Galería Jorge Mara-La Ruche

Deqa Abshir, Piégée I, techniques mixtes sur toile, 2015. De la série Fondation. Avec l’autorisation de l’artiste. © Deqa Abshir

Dans ces deux images, nous retournons aux origines mêmes de cette collection : « que la dynamique d’une perspective contextualisée et recontextualisée est primordiale en matière d’histoires féministes de l’architecture », et « que les approches historiographiques féministes ébranlent les hypothèses de fixité qui ont gouverné l’écriture des récits architecturaux ».1 Les contributions réunies dans cette publication explorent les histoires de l’architecture sous l’angle des pratiques féministes de création du savoir. Elles étudient le potentiel de la narration architecturale selon une perspective contextuelle tout en mettant de l’avant les sujets-objets en mouvement. Cet éventail comporte quatre approches pour analyser et connaître la migration, les catégories qui correspondent sommairement aux articles qui suivent et les organisent. Ceux-ci sont représentation, matérialité, espace et mémoire.

La première passe par l’observation, la consignation et l’analyse de l’espace par le dessin sur site. Fabriquer des images de lieux créés par des communautés migrantes permet leur reconnaissance sans pour autant les fixer ou les énumérer; en donnant la possibilité de s’immerger en eles par l’observation de leurs détails et de la manière dont elles sont faites. Le dessin crée les conditions nécessaires à l’interaction sociale, à une communion apaisée avec un endroit et celles et ceux qui l’ont créé. Autour et à travers les dessins présentés dans ce numéro, des dialogues se nouent, qui élargissent la compréhension des espaces reproduits au crayon ou à l’encre sur papier. Dans ces articles, dans cette collection, les dessins forment un socle pour des analyses plus poussées des galeries marchandes somaliennes du Cap, en Afrique du Sud, des communautés de pêcheurs Ijaw au Nigéria et au Cameroun et de la construction d’une maison à Leyogàn, en Haïti. Représenter la disposition et l’aménagement d’espaces commerciaux qui préviennent la marginalisation, l’espace domestique transitoire des berges du fleuve entre travail et loisirs et le plan d’étage d’une demeure qui va dans le sens d’une architecture créole, voilà qui diffracte les espaces migrants à prendre en considération.

La seconde méthode d’enquête mobilise les objets affectifs comme autant d’instruments de design. Si les images et représentations architecturales se jouent des frontières et s’invitent dans des environnements hétérogènes, leur signification est interprétée localement. Les registres matériels changent, et les logiques spatiales sont reconfigurées au gré des technologies et modes d’habitation locaux. Le rôle des objets domestiques dans la création de l’architecture et de l’espace social est exploré dans cette publication à travers le cas d’une table de salle à manger conçue pour favoriser les échanges génératifs et renforcer la cohésion des communautés par le partage de repas, réalisant ainsi un carrefour important de rapprochement au sein de réseaux mobiles et évolutifs au Tessin, en Suisse. Il est également abordé sous l’angle des relations mouvantes aux objets d’art produits anonymement au Brésil, traduisant les complexités de l’identité et de l’agentivité individuelles, ainsi que les défis posés par des lectures non essentialistes d’une biographie de migrant.

Le troisième cadre pose la question : quels sont les espaces plus vastes créés par les pratiques migratoires? Les points d’intersection entre la mobilité militaire étasunienne et les économies locales de l’exploitation sexuelle dans les villes d’Olongapo et d’Ángeles aux Philippines génèrent quatre typologies spatiales – la rue, le bar, la casa et la clinique –, manifestation de l’inscription des dites intersections dans l’environnement bâti et la concentration des corps féminins dans des zones non réglementées. Le travail des femmes a créé de nouvelles capitales comme Brasília, une histoire retracée à travers le parcours de cinquante migrantes impliquées dans le projet de construction. Les récits oraux anecdotiques et conversationnels de ce labeur resituent les contributions des femmes dans ce contexte, sans les magnifier. Et dans une autre capitale, Delhi, une multiplicité semblable de significations s’avère centrale dans un espace de contestations menées par des mères, grand-mères, femmes et filles, donnant une substance à un sensorium éphémère d’idées, d’attentes et de revendications.

La quatrième perspective ajoute aux dessins, objets et espaces ces architectures intangibles de la mémoire et de la commémoration. Des gestes patrimoniaux, sous forme de journaux et d’éloges, cherchent à figer dans le temps une trajectoire en mouvement, pour constater le chemin qu’elle a pris. Ces contributions témoignent du silence provoqué par l’absence des pas et des oiseaux des rues dans le sillage d’un virus, ainsi que des incarnations spatiales et fantomatiques des migrations transcontinentales, clouées sur place, occupées par des réfugiés, des touristes et un collectif d’architectes.

Ces diffractions ou, plus précisément, ces récits d’un moment de diffraction, vont et viennent, revisitant le temps et ses intervalles. Elles relâchent des sédiments, font remonter à la surface des intrications nouvelles, faisant entrer dans le passé une pléiade de présents et d’avenirs neufs. Positionné, mais sans attaches, le mouvement inhérent à leur création et à leur recréation, au fil de leurs expansions et de leurs contractions, entrecroise les chronologies et façonne les bases dynamiques d’une interprétation fluide. L’intra-activité des cadres temporels reliés, à travers les territoires où l’on débat des architectures, est elle-même migrante.


  1. Anooradha Iyer Siddiqi et Rachel Lee, « On Margins : Feminist Architectural Histories of Migration », Architecture Beyond Europe, no 16 (2019). 

Des Migrations comprend les contributions suivantes, à publier sur une base continue. Embrassant la différenciation et la multiplicité inhérentes à la diffraction, les auteurs ont enregistré des lectures de leurs travaux. Nous espérons que le contenu sonore offre des entrées en matière supplémentaires pour s’engager avec les pensées présentées ici.

Architectures des soins
Huda Tayob

Baignade sur la jetée des canots
Warebi Gabriel Brisibe

Tracer un plan en kreyòl
Irene Brisson

Convivium : la pratique de Flora Ruchat-Roncati
Irina Davidovici et Katrin Albrecht

Lina Bo Bardi, migrante : de collectionneuse à cohabitante
Ana María Léon

Les bras étrangers et l’organisation économique
Will Davis

Tant d’histoires à raconter : les femmes dans la construction de Brasília
Tânia Fontenele Mourao

Poussière et rouge à lèvres [film]
Tânia Fontenele Mourao

« Si par une nuit d’hiver, azadi… »
Sarover Zaidi et Samprati Pani
Initialement publié dans Chiraghdilli, le 15 février 2020.

Journaux de Corona
Samprati Pani
Initialement publié dans Chiraghdilli, le 6 avril 2020.

« Migrations, bloquées : revisiter l’Atelier 66 »
Claire Zimmerman

Anooradha Iyer Siddiqi est professeure adjointe au Barnard College de Columbia University. Son livre Architecture of Migration : The Dadaab Refugee Camps and Humanitarian Settlement (à paraître chez Duke University Press) analyse l’histoire, la politique spatiale, la rhétorique visuelle et les iconographies des camps de réfugiés de Dadaab dans le nord-est du Kenya, en tant que point d’observation épistémologique dans les mondes africain et islamique. Son livre manuscrit Minnette de Silva and a Modern Architecture of the Past s’intéresse au travail intellectuel et patrimonial d’une figure culturelle importante de l’histoire de Ceylan/Sri Lanka, l’une des premières femmes au monde à établir un cabinet d’architecture professionnel. Siddiqi dirige le groupe de travail du Center for the Study of Social Difference de l’université de Columbia, Insurgent Domesticities.

Rachel Lee est professeure assistante à la chaire d’histoire de l’architecture et de l’urbanisme de la TU Delft, et chercheure associée à METROMOD, LMU Munich. Ses recherches explorent l’histoire de l’architecture et de l’urbanisme coloniaux et postcoloniaux à leurs intersections avec la migration et l’exil, la pratique transnationale, le patrimoine, la mobilité et le genre, en particulier en Asie du Sud et en Afrique de l’Est. Elle est actuellement boursière Mellon pour notre projet Centrer l’Afrique. La collection s’appuie sur les recherches en cours dans le cadre du projet Relocating Modernism, financé par le Conseil européen de la recherche. Métropoles mondiales, art moderne et exil (Metromod).

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