Querido Amancio, organisée à l’occasion de notre nouveau fonds Amancio Williams, a donné lieu à une lecture publique de lettres personnelles, au cours de laquelle les participants - Emilio Ambasz, Florencia Álvarez, Giovanna Borasi, Fernando Diez, Kenneth Frampton, Mario Gandelsonas, Juan Herreros, Martin Huberman, Cayetana Mercé, Inés Moisset, Ciro Najle, Ana Rascovsky, Claudio Vekstein et Claudio Williams - ont commenté l’héritage d’Amancio Williams. Nous publierons toutes leurs lettres dans les prochaines semaines.

Ciro Najle a fait part de ce qui suit :


Cher Amancio,

Je me tiens humblement ici, lisant cette lettre à votre mémoire et à son présent absolu (continu). Et pourtant, l’humilité exige que l’on associe à votre profond héroïsme, votre forte volonté d’universalité, votre finesse et votre absolutisme, votre idéalisme paradoxalement objectif, votre désir profondément retenu et pacifique d’extensivité et d’expansion, votre horizontalité immanente et acérée.

La grande et immuable force de vos pensées, actions et choses, autrement dit de toute votre figure d’architecte, une force encore plus considérable peut-être qu’elle ne l’a jamais été auparavant, est d’avoir (1) évité, (2) contourné, (3) dépassé et enfin (4) transformé la quête pesante et tristement dominante de l’identité régionale, ce que vous avez fait avec rigueur en construisant un modèle d’omniprésente et d’inflexible singularité.

Votre travail a, de fait, mis fin au continuum faux que sont l’appartenance au lieu et la transmissibilité de la tradition, et a rendu artificielle toute relation prétendument harmonieuse entre le passé et le futur. Et si, comme il est de coutume en ce lieu, les traditions ont été au fil des générations complètement trahies, ignorées ou oubliées, vous avez réussi à donner à ce cliché sa forme absolue.

Les rationalistes et les universalistes en tous genres ne pouvaient que souhaiter un tel oubli extrême, brutal et systématique, car celui-ci est la chair et la passion de son objectivité affirmative, son ingéniosité candide – et pas seulement sa raison sérieuse –: là est sa force, et ce qui fait que vos projets, expressions et bâtiments se dressent également devant nos yeux comme des mythes à jamais éclairants qui surpassent toute stature monumentale.

La liberté non ambiguë et non problématique de vos objets incarne une forme fictive de souveraineté, où le sérieux conscient de l’absolu, son apparente infantilité, efface sereinement tout ce qui l’entoure, et résiste au temps en exerçant une forme de pouvoir (une forme entièrement architecturale) qui dépasse le simple optimisme de la modernité et échappe élégamment à toute dépendance à l’égard de positions réactionnaires ou critiques.

Pour vous, est radical non pas celui qui procède à des abstractions pour atteindre des racines plus profondes, mais celui qui le fait avec indifférence et sans volonté, comme par distraction, en reconnaissant sans pitié que l’absence de racines est la prémisse initiale de l’existence, ici et maintenant, et, en même temps, partout et pour toujours. Radical est celui qui a le courage d’embrasser sans détour le creux inné de l’architecture, son existence sans métaphysique, son être là, comme la mer.

L’absence impitoyable de racines de votre travail stimule paradoxalement une forme singulière de radicalité, une radicalité sans racines ancrée dans une capacité de détachement modeste: la vôtre est une radicalité par défaut, qui ne peut être mise en œuvre que par un penseur et un faiseur vraiment radical et indépendant, impossible à mettre sous pression, car votre maîtrise de vous-même et votre tension artérielle sont supérieures à celles suscitées par tout autre contexte.

Quant à moi, mon expertise – ou plutôt, mon expertise souhaitée – a toujours aspiré à devenir à l’image de celle que votre figure et votre travail semblent exhaler naturellement. La culture y reste constamment étrangère, avidement embrassée, explicitement ancrée, mais délicatement et obstinément expulsée et excédée. C’est là l’intériorité étrangère de votre travail, son absoluité, sa force, son irréductibilité et sa singularité persuasive.

Vous êtes le héros ultime: le héros discret. Et vous avez fait vôtre le point de vue fuyant du tiers extérieur.

Avec toute ma gratitude, je vous présente mes respects.

Ciro Najle Buenos Aires, 11 mars 2020

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